—Ça devait être drôle, pensa Paul Cormier qui ne voyait pas bien le vieil avocat exécutant une tulipe orageuse.

Madame Cormier ne soufflait plus mot. Elle rêvait à ce mariage fantastique, mis sur le tapis par un homme en qui elle avait pleine confiance et elle se promettait de ne pas laisser tomber dans l'eau ce projet séduisant. Mais, pour y revenir, elle attendait d'être seule avec Bardin. Elle voulait en parler à cœur ouvert et la présence de son fils l'aurait gênée.

Bardin, qui devina son intention, lui vint en aide.

Le dîner avait marché plus vite que de coutume. On en était au café qu'on prenait à table, et Paul venait de vider son quatrième verre d'un remarquable cognac, de la même provenance que le vin de Xérès, servi après le potage.

—Tu grilles d'envie de fumer, hein? lui demanda l'avocat.

—Oh! je sais que ça gêne maman, dit Paul. Je fumerai dans la rue, en rentrant chez moi.

—Et le plus tôt sera le mieux, n'est-ce pas?… Eh! bien, je lis sur la figure de ton indulgente mère qu'elle te permet de lever la séance. Quand tu seras parti, nous ferons tranquillement notre cent de piquet jusqu'à dix heures et je serai encore couché avant toi, car je demeure à deux pas d'ici.

Le bonhomme habitait la rue des Arquebusiers, une rue dont peu de Parisiens connaissent le nom et qui va, en faisant un coude, du boulevard Beaumarchais à la rue Saint-Claude.

—Et d'ici à Bullier, il y a une trotte!… il est vrai que tu vas en carrosse, toi… Dame! quand on a des amis dans la noblesse!…

Paul s'était levé pour embrasser sa mère et il ne fit pas semblant d'entendre, mais l'impitoyable Bardin, reprit: