—Parions que tu portes toute ta fortune dans ta poche.
—Pourquoi ça? balbutia Paul, un peu décontenancé, car c'était vrai; qui vous fait croire?
—Le geste!… le geste révélateur!
—Quel geste?
—Pendant tout le dîner, tu n'as fait que tâter avec ta main la poche de poitrine de ta redingote. Je ne m'y trompe jamais à ce geste-là. Ton portefeuille doit être bien garni.
—Maman m'a remis, hier, mon mois. N'est-ce pas, mère?
La veuve fit signe que: oui, et pendant que M. Bardin riait d'aise d'avoir été si perspicace, le jeune homme s'empressa de lui serrer la main et de partir.
Il en avait assez des malices de ce jurisconsulte en retraite et de ses histoires matrimoniales.
—Décidément, c'est un vieux fou, grommelait Paul en descendant quatre à quatre les marches du large escalier de la maison maternelle. S'il croit que je vais prendre des renseignements sur son orpheline égarée, il se fourre le doigt dans l'œil jusqu'au coude.
L'étudiant reparaissait dans ce langage qu'il n'aurait pas osé tenir chez sa mère, et encore moins chez la baronne Dozulé, où il avait joué le rôle d'un seigneur qu'on attendait.