Et le fait était que Paul se sentait revivre à l'idée de se retrouver sur le sable des allées de la Closerie des Lilas, où il pourrait, à son choix, rêver à Jacqueline, ou bien se distraire en joyeuse compagnie, et où personne ne le prendrait plus pour le marquis de Ganges.
Au bout de la rue des Tournelles, il sauta dans un fiacre découvert, après avoir allumé un cigare, et il se fit conduire au célèbre jardin où tant de générations des Écoles de droit et de médecine ont fait leurs premiers pas.
Il y arriva, juste à l'heure où la fête bat son plein et, comme c'était dimanche, la foule était énorme: une vraie cohue où dominaient les étudiants, mais où il y avait aussi des amateurs venus de la rive droite, en transfrétant la Séquane, a écrit le maître Rabelais.
Ceux-là, blasés sur les quadrilles payés que la Goulue et Grille d'égout dansent tous les soirs au Jardin de Paris, venaient se retremper aux sources du cancan, alléchés par l'espoir de voir exécuter, bon jeu bon argent, des pas fantastiques, inventés par la belle jeunesse française.
Il a été de mode, un temps fut, dans les grands clubs, de s'offrir ce divertissement, comme on allait jadis voir la descente de la Courtille.
C'est un genre de sport que messieurs les Copurchies se permettent encore quelquefois.
Mais Paul Cormier ne s'attendait guère à rencontrer à Bullier la fine fleur de l'élégance parisienne.
Il venait y chercher Jean de Mirande et sa suite, car il supposait qu'après un plantureux dîner chez Foyot, la bande avait dû éprouver le besoin d'aller gigotter à la Closerie.
Le difficile c'était de les rencontrer, au milieu de ce flot de promeneurs, de danseurs et de consommateurs, car à Bullier tous les plaisirs sont réunis. On circule dans un jardin éclairé au gaz, on danse dans une salle immense, aux sons d'une musique endiablée, on boit sur les longues estrades qui l'entourent en la dominant et aussi dans les bosquets.
Ce soir-là, il y avait du monde partout, et justement une valse échevelée tournoyait d'un bout à l'autre de la salle couverte, refoulant les curieux et bousculant les gêneurs.