—Ce que ça me fait? Vous voulez le savoir? C'est moi qui suis le marquis de Ganges.
—Possible! ricana Jean. Vous n'en avez pas l'air.
—Je ne vous parle pas. Je parle à cet homme qui s'obstine à ne pas me répondre… et je lui répète qu'il s'est permis de prendre mon nom, que je veux savoir pourquoi et que s'il persiste à refuser de me le dire, je vais le souffleter.
Paul leva le bras, pour prendre les devants, mais Mirande fut plus prompt que lui.
—Après moi, s'il en reste, cria-t-il en appliquant sur la joue du réclamant une maîtresse gifle.
Ce fut le signal d'un tumulte effroyable. Les filles qui buvaient tout à l'heure avec le souffleté s'enfuirent en criant comme si elles avaient reçu le soufflet. Les amis et les amies de Jean arrivèrent pour lui prêter main-forte au cas où le battu essaierait de rendre coup pour coup. Jean s'était mis en posture de boxer et tout faisait prévoir qu'un combat acharné allait s'engager entre ces deux hommes, ivres tous les deux et aussi furieux l'un que l'autre.
On accourait de tous les côtés du jardin et il y avait déjà des gens qui montaient sur des chaises pour mieux voir. Pour un peu ils auraient fait: Kss!… kss!…
Le plus ennuyé de tous les acteurs de cette scène, c'était Paul Cormier, qui était la cause de la querelle et qui, faute de présence d'esprit, avait laissé son ami usurper le premier rôle, un rôle qui pouvait le mener sur le terrain.
Mais ceux qui comptaient sur le spectacle d'une belle lutte à coups de poing furent complètement volés.
Soit que le souffleté vît qu'il ne serait pas le plus fort, soit qu'il trouvât au-dessous de sa dignité d'engager un pugilat, il s'abstint de se jeter sur son adversaire, et il lui dit avec un sang-froid surprenant: