Paul, malgré tout, espérait encore que la soirée s'achèverait pacifiquement. Il comptait sans le pochard qui l'avait déjà interpellé du fond de la tonnelle qu'il occupait avec trois créatures. Elles avaient essayé de le contenir, mais il s'était arraché de leurs pattes et il vint se planter devant Paul Cormier, les bras croisés, le chapeau rejeté sur la nuque et les cheveux en coup de vent.

—D'où sort-il celui-là? grommela Mirande en toisant l'intrus qui lui dit brusquement:

—Ce n'est pas à vous que j'ai affaire… c'est à celui-ci.

—A moi? demanda Paul, stupéfait.

—Oui, à vous. Pourquoi vous faites-vous appeler le marquis de Ganges?

Paul pâlit et ne répondit pas. Il comprenait que cet homme avait entendu les présentations, mais il ne devinait pas en quoi elles pouvaient l'avoir offensé.

—Êtes-vous fou? demanda Mirande à l'ivrogne, dont l'attitude agressive commençait à l'irriter.

—Je ne suis pas fou et je suis parfaitement sûr d'avoir bien entendu. Encore une fois, pourquoi, vous, le petit blond, pourquoi avez-vous pris un nom qui ne vous appartient pas?

Êtes-vous le marquis de Ganges, oui ou non?

—Qu'est-ce que ça vous fait? riposta Mirande, exaspéré par cette insistance tenace qui est particulière aux gens ivres.