Paul aurait voulu le croire, mais tout en se demandant avec inquiétude comment cette nouvelle aventure allait finir, il ne pouvait pas s'empêcher de douter que cet homme fût fou, et il se disait:
—Si pourtant c'était le vrai marquis de Ganges!
Cette idée ne fit que traverser le cerveau de Paul Cormier et tout semblait indiquer qu'elle ne valait pas la peine qu'il s'y arrêtât.
Quelle apparence en effet que le marquis de Ganges, au retour d'un long voyage, s'en allât faire la noce—c'était le vrai mot—au bal Bullier, avec des créatures, au lieu de débarquer dans son hôtel de la rue Montaigne où sa charmante femme l'attendait?
Si bas tombé que soit un gentilhomme, il ne s'affiche pas ainsi et d'ailleurs Cormier n'avait aucune raison de croire que le mari de Jacqueline fût un marquis déchu. Au contraire, on parlait de ses succès financiers, des grandes entreprises qui venaient d'augmenter sa fortune déjà considérable.
Donc, ce pochard subitement dégrisé n'était pas, ne pouvait pas être le marquis de Ganges.
Alors, pourquoi s'était-il fâché quand il avait entendu donner ce nom et ce titre à un monsieur qui passait?
C'était à n'y rien comprendre et Paul Cormier y renonça. Mirande, lui, ne se creusait pas la tête à deviner cette énigme. Il avait souffleté un insolent qui menaçait son ami. Il lui devait une réparation et il ne demandait pas mieux que de la lui accorder. Un soufflet vaut un coup d'épée, c'était une de ses maximes favorites. Et il ne sortait pas de là.
Il y avait longtemps qu'il n'était allé sur le terrain et il n'était pas homme à manquer une si belle occasion de se refaire la main.
Les trois étudiants qui l'avaient suivi étaient trois bons jeunes gens qui ne s'étaient de leur vie battus qu'à coups de poing et qui n'avaient jamais mis les pieds dans une salle d'armes. Ils suivaient Mirande, parce que Mirande était le chef incontesté des tapageurs du quartier et ils étaient bien persuadés que l'affaire se terminerait autour d'un bol de punch.