Le groupe sortit sans autre incident de cette Closerie où on échange plus de horions qu'on n'y cueille de lilas.

L'orchestre venait de donner le signal d'un nouveau quadrille; danseurs et danseuses y couraient, sans plus s'occuper des suites d'une dispute, comme on en voit à Bullier, à peu près tous les soirs.

Le problématique marquis marchait en tête, comme de juste, puisque c'était lui qui avait proposé de sortir pour régler cette affaire d'honneur, où l'honneur n'était pas en cause, car il s'agissait d'une querelle entre deux ivrognes, dont l'un avait eu la main trop leste.

Ce giflé susceptible emmena les autres, sous les arbres, beaucoup plus loin que la statue du maréchal Ney, au milieu d'un carrefour désert, où ces messieurs pouvaient conférer tout à leur aise, sans craindre d'être dérangés.

Paul Cormier qui ne souhaitait la mort de personne, prit le premier la parole et ce fut pour prêcher la conciliation.

—Messieurs, dit-il, il n'y a dans tout cela qu'un malentendu… dont j'ai été la cause, bien involontairement… et tout peut s'arranger.

—Plus maintenant, interrompit le soi-disant marquis.

—Pourquoi donc pas?… J'exprime tout haut et devant témoins le regret d'avoir été l'occasion d'une querelle sans motif sérieux. Entre honnêtes gens, on ne se coupe pas la gorge pour un mot dit en l'air.

—Et le soufflet?… Il n'était pas en l'air, le soufflet. Il est encore marqué sur ma joue.

—Un mouvement de vivacité… que mon ami regrette, j'en suis sûr.