Mirande s'abstint de confirmer cette appréciation de Paul et son air disait assez qu'il ne se repentait pas du tout de ce qu'il avait fait.

—Bien obligé! répondit l'offensé. Demandez-lui donc s'il veut tendre la joue pour que je lui rende ce qu'il m'a donné.

—Je ne vous conseille pas d'essayer, ricana Mirande.

—Soyez tranquille!… je veux autre chose… je veux vous tuer…

—Comme ça!… tout de suite!… vous attendrez bien jusqu'à demain… et d'abord, je ne me bats pas en duel avec le premier venu. Commencez par me dire qui vous êtes.

—Je vous l'ai déjà dit. Je suis le marquis de Ganges… et il est probable que je vous ferai beaucoup d'honneur, en croisant le fer avec vous, car je ne vous connais pas et…

—C'est mon nom qu'il vous faut?… Je m'appelle Jean de Mirande et je descends des comtes de Toulouse. Ça vous suffit-il?

—Je m'en contenterai. Je serais mal fondé à vous demander de me montrer vos titres, car je suppose que vous ne les avez pas dans votre poche.

—Je les montrerai demain aux témoins que vous m'enverrez.

—Demain! s'écria le souffleté. Vous voulez rire, je pense!… Alors, vous croyez que je garderai ma gifle jusqu'à demain? Rayez cela de votre programme, monsieur le descendant des comtes de Toulouse. C'est la première que je reçois de ma vie. Je ne veux pas aller me coucher avec. Il n'y a que les lâches qui renvoient un duel au lendemain, quand l'offense ne peut se laver qu'avec du sang.