—Et qui vous parle de le quitter? Je compte bien que nous ne nous séparerons pas jusqu'au lever de l'aurore, dit Paul Cormier.

—Originale, ton idée, dit Mirande; mais nous ne pouvons pas battre le pavé de Paris, pendant trois heures.

—Nous monterons chez moi et nous ferons du punch au kirsch, s'écria l'étudiant de première année.

—Pourquoi ne proposes-tu pas, pendant que tu y es, d'aller souper tous ensemble? demanda Paul en haussant les épaules. Il ne s'agit pas d'un de ces duels qui ne sont que des prétextes à godaille. Tu vas monter chez toi, tout seul, tu y prendras tes épées de combat… elles ne t'ont jamais servi, je suppose.

—Elles sont toutes neuves. C'est un cadeau que m'a fait mon cousin qui est sous-lieutenant de dragons.

—Très bien! C'est ce qu'il nous faut. Tu les apporteras dans leur enveloppe et nous nous acheminerons tout doucement vers les fortifications. Je connais un endroit où nous ne serons pas dérangés… sur le boulevard Jourdan, à gauche de la porte d'Orléans.

—Mais nous y serons dans trois quarts d'heure, à la porte d'Orléans, grommela Mirande, et s'il faut battre la semelle sur le chemin de ronde, en attendant le jour, je n'en suis pas.

—Je sais dans ces parages un cabaret qui reste ouvert toute la nuit. Ou y vend la goutte aux maraîchers en route pour les halles.

—Et on nous la vendra aussi, n'est-ce pas? Merci! On nous prendrait pour ce que nous sommes… des gens qui viennent se rafraîchir d'un coup de pointe… et le cabaretier irait prévenir les sergents de ville. Je n'ai pas envie de me déranger pour rien.

—Ni moi non plus, dit le souffleté.