Et Mirande, toujours surexcité, n'était pas disposé à faire cause commune avec son ami pour empêcher la rencontre. Elle lui plaisait par son étrangeté même; il pensait à la première scène du roman de Dumas où les trois mousquetaires vont ferrailler derrière le Luxembourg et il se faisait une fête de mettre flamberge au vent, comme eux, pour vider au pied levé, une querelle ramassée par hasard.

Paul, qui ne renonçait pas encore à l'espoir de faire avorter le duel, chercha un biais et crut l'avoir trouvé.

Il pensait que s'il pouvait seulement gagner du temps, les têtes finiraient peut-être par se calmer et il dit au marquis:

—Vous ne voulez absolument pas attendre jusqu'à demain la réparation que monsieur vous doit et qu'il ne refuse pas de vous accorder?

—Non… et s'il persistait à demander un délai, je le tiendrais pour un lâche.

—Pas d'injures, monsieur!… et faites-moi la grâce de m'écouter, ou bien je croirai qu'en nous imposant des conditions inacceptables, vous cherchez à éviter ce duel.

L'offensé protesta d'un geste, mais il écouta. Et Paul reprit:

—Nous y sommes, à demain… attendu qu'il est minuit. Et nous sommes à la fin de mai. A trois heures, il fera jour ou du moins on y verra assez clair pour échanger des bottes sans s'éborgner. Vous pouvez bien attendre trois heures.

—Tiens! c'est une idée! s'écria Mirande qui se laissait toujours séduire par l'imprévu.

—Trois heures, c'est long, grommela le marquis. Et puis, je prétends ne pas quitter monsieur, jusqu'à ce qu'il m'ait rendu raison.