—Pour moi, alors, puisque je suis le marquis de Ganges… le vrai…, le seul. Nous ne nous ressemblons pourtant guère.

—Pas du tout, et je ne m'explique pas la méprise de ce monsieur. Il ne savait pas mon vrai nom et il ne le sait pas encore. Mais je tiens à vous l'apprendre. Je m'appelle Paul Cormier et j'achève mon droit. Vous voyez qu'il n'aurait pas dû confondre.

Et comme l'offensé paraissait accepter cette explication:

—Maintenant, reprit Paul, me permettrez vous d'ajouter que, si vous m'aviez interrogé tranquillement, au lieu de vous emporter comme vous l'avez fait… nous n'en serions pas où nous en sommes.

—Certainement, non… et je reconnais que j'ai eu tort… mais avouez que je suis excusable. J'arrive à Paris, après une très longue absence… à Paris où personne ne m'attendait… du moins, pas si tôt… Pour des raisons qu'il est inutile de vous dire, parce qu'elles ne vous intéresseraient pas, je m'étais décidé à ne pas descendre chez moi sans m'y faire annoncer… j'aurais pu, j'en conviens, mieux employer ma soirée, mais j'ai voulu la passer dans ce bal où je me croyais sûr de ne pas rencontrer de gens de ma connaissance… jugez de ce que j'ai dû éprouver quand j'ai entendu un monsieur vous appeler par mon nom… si je vous disais que j'ai cru entendre aussi qu'il parlait de la marquise de Ganges.

—De la marquise de Ganges, répéta Paul; non, je ne crois pas qu'il ait parlé d'elle, mais… excusez mon indiscrétion… vous êtes donc marié?

—Mon Dieu, oui, répondit le souffleté. Ça vous étonne, parce que vous venez de me retrouver à Bullier, buvant avec des drôlesses. Ça vous étonnerait moins si vous connaissiez mon histoire.

Paul grillait d'envie de répondre: racontez-la moi; mais c'eût été un peu prématuré, au début d'une conversation qui devait se prolonger puisqu'ils allaient faire route ensemble jusqu'au lieu du combat.

D'ailleurs, l'étudiant de première année venait de reparaître, portant sous son bras les épées enveloppées de serge verte et tout fier de ce fardeau.

—Quand il vous plaira, messieurs, dit Jean de Mirande. Je prends les devants avec nos camarades… Toi, Paul, tu connais le chemin et tu n'as qu'à nous suivre en tenant compagnie à monsieur.