—Monsieur, dit Jean, un peu déconcerté par ce sang-froid je viens d'aborder cavalièrement madame qui, je le suppose, vous tient de près. Si vous n'êtes pas content, je suis à vos ordres et je vous laisse le choix des armes. Vous pouvez m'envoyer vos témoins demain matin… Jean de Mirande, boulevard Saint-Germain, 119. Je les attendrai jusqu'à midi.
—Je n'ai que faire de votre adresse, répondit sèchement le monsieur.
Passez votre chemin.
—Alors, vous ne voulez pas vous aligner? Très bien!… je me suis trompé. Je vous prenais pour un ancien militaire à cause de ce bout de ruban.
Je m'aperçois que j'ai affaire à un bourgeois, décoré par l'intermédiaire de l'agence Limouzin. Puisque vous ne vous battez pas, je n'ai plus rien à vous dire. Gardez bien madame votre épouse et au plaisir de ne jamais vous revoir.
Après avoir lâché cette dernière impertinence, Mirande pirouetta sur ses talons avec la désinvolture d'un marquis d'autrefois et s'en alla rejoindre Paul Cormier.
Il était resté à distance, cet excellent Paul, et assez embarrassé de sa situation.
De la place où il semblait avoir pris racine au milieu de la terrasse, il n'entendait pas les paroles agressives que lançait Jean, mais il suivait de l'œil ses mouvements. Il comprenait très bien que son incorrigible ami cherchait querelle au défenseur de la dame blonde, et il ne fut pas peu surpris de le voir battre en retraite.
—Eh bien! lui demanda-t-il, sans pouvoir s'empêcher de sourire, as-tu réussi?
—Mon cher, répliqua sèchement Mirande, je sais tombé sur une rouée qui me l'a faite à la pose. Pour lui montrer que je n'étais pas sa dupe, j'ai proposé la botte à cet escogriffe qui lui sert de garde du corps. Il a cané.
—Il a cependant l'air d'un ancien officier.