—Qu'allons-nous faire? demanda Mirande.
—Tout plutôt que d'attendre qu'on nous surprenne, répondit Paul Cormier. Un passant du chemin de ronde qui aurait l'idée de tourner la butte nous trouverait près d'un mort et nous aurions beau dire qu'il a été tué en duel, on nous prendrait pour des assassins.
—D'autant plus que ces clampins qui viennent de se sauver ont emporté les épées, grommela Mirande, en endossant son justaucorps qu'il avait ôté avant le combat. Mais nous ne pouvons pas en rester là. Il y a eu mort d'homme. Tout le quartier des Écoles saura l'histoire… ils vont la colporter ce soir dans les cafés du boul'Mich'… il faut absolument que je fasse ma déclaration au commissaire de police.
—Moi aussi. Seulement, il vaut mieux nous adresser à celui de notre quartier, où on nous connaît. Dans les parages où nous sommes en ce moment, on commencerait par nous arrêter. Mon avis est donc que nous rentrions d'abord chez nous.
—C'est aussi le mien. En route!
Ils partirent, non sans remords d'abandonner ce cadavre, que le premier venu allait découvrir et qu'on ne manquerait de porter à la Morgue.
Ils se trouvaient dans un de ces mauvais cas où on se tire d'affaire comme on peut, et ce n'était pas le moment de faire du sentiment.
Ils reprirent le chemin par lequel ils étaient venus et ne s'aperçurent pas que l'homme couché sur le sommet de la butte artificielle se leva tout doucement, descendit de son observatoire et se mit à les suivre de loin.
Le voyage à pied était forcé, car au petit jour les fiacres ne circulent pas encore, et il n'était pas court, mais il n'y avait pas moyen de faire autrement.
Paul d'ailleurs n'était pas très pressé de passer au commissariat. Il préférait même n'y aller qu'après s'être acquitté de la mission que l'infortuné marquis lui avait confiée et il ne pouvait pas décemment aller réveiller la marquise à cinq heures du matin.