Ils auraient été tous encore plus effrayés s'ils avaient levé les yeux vers le sommet de la butte au pied de laquelle on s'était battu.
Ils y auraient aperçu un homme qui s'était sans doute endormi là, que le bruit avait réveillé et qui avait dû tout voir.
La présence de ce témoin imprévu les aurait d'autant plus inquiétés qu'au lieu de dégringoler de là haut pour leur offrir ses services, après la catastrophe, il cherchait évidemment à se cacher, car il s'était couché à plat-ventre et il ne montrait guère que sa tête.
Ces messieurs avaient pour le moment d'autres soucis que celui de s'assurer que personne n'avait assisté au duel sans leur permission.
Il s'agissait avant tout de savoir si M. de Ganges était mort et le docteur en médecine déclara, après l'avoir examiné, qu'il avait été tué raide.
L'épée avait dû trancher l'artère aorte; l'hémorragie s'était faite en dedans, et le sang l'avait étouffé. L'étudiant ne comprenait pas qu'il eût encore pu prononcer quelques mots avant de tomber.
Le malheureux marquis n'était plus qu'un cadavre et tous les soins du monde ne l'auraient pas rappelé à la vie.
Il fallait maintenant prendre un parti: aller chercher des sergents de ville au poste le plus rapproché ou s'esquiver sans bruit.
Les trois jeunes témoins n'hésitèrent pas. Celui qui avait fourni les armes ramassa prestement les épées que lui avait prêtées son cousin le sous-lieutenant de dragons, et fila comme un lièvre. Les deux autres en firent autant et les deux amis restèrent seuls auprès du mort, sous les yeux de l'homme qui continuait à les espionner du haut de la butte.
Très émus tous les deux et très perplexes.