Une coopérative divisionnaire avait installé sous des tentes, le long du chemin d’amoureux qui longe capricieusement et surplombe l’étang, comme de petites boutiques de kermesse; et c’était une véritable kermesse où se pressaient les hommes de Bezonvaux et d’ailleurs, où ils oubliaient en une minute et pour une minute la nuit d’angoisse qui avait précédé, et le jour atroce qui viendra,—une kermesse, la kermesse de l’étang de Vaux, la kermesse des fiancés de la mort. Et au-dessus, le fort de Vaux, et là-bas les fumées de Briey...

Quel poète allemand écrira maintenant cette ballade de l’étang de Vaux, car c’est bien un sujet de ballade allemande... Sous la lune, au crépuscule, la brume blanche qui emmousseline l’étang, c’est le linceul des morts de Verdun, qui, à l’entour, se sont couchés un soir dans la boue, sans linceul...

LA DEUXIÈME MARNE