Versailles, août 1920.
EN ALSACE
HARTMANNSWILLERKOPF,—nom compliqué et barbare, qui, dans notre mémoire, résonne longuement, lugubrement, dominant nos souvenirs, comme son sommet domine la guerre en Alsace, et les Vosges!... Vainement on a voulu modifier ce nom, lui prêter un aspect familier, bonhomme: le «Vieil Armand»,—mais jamais, ailleurs que dans les récits des journaux, on n’employa cette désignation ingénieuse, ce plaisant jeu de mots. Si! Un café de la vallée s’était intitulé ainsi «A la descente du Vieil Armand.» Mais, en réalité, l’Hartmannswillerkopf fut et resta simplement en deux syllabes, «l’Hartmann», ou—suivant l’abréviation des ordres et des plans directeurs—trois lettres: l’H. W. K.
Ce que représentent pour nous ces trois lettres...
Je revois cette claire nuit des premiers jours de janvier 1916, et la «voiture de liaison» qui m’emmenait de Remiremont. Un grand garçon mince, aux traits marqués, est assis à côté du conducteur; tout à l’heure, au moment du départ, les camarades du «courrier» le félicitaient de sa médaille militaire et de sa belle croix de guerre toutes neuves; son front s’est plissé, dans son visage tourmenté, et il a répliqué avec brusquerie:
—J’aimerais mieux n’avoir ni croix ni médaille, et que mon général soit encore là!