CALFA.
Ça ne lui sera pas égal : il sera enchanté, — si du moins c’est un homme intelligent, comme je l’espère.
GÉRÔME.
Il peut être intelligent, et ne pas aimer à être cocu, ou du moins que cela se sache. Car enfin, monsieur Calfa, de vous à moi, l’idée m’était venue, et je crois bien qu’elle est venue à d’autres : de ce que cette dame est la préfète, cela ne prouve pas qu’elle ne soit aussi la maîtresse de M. Lanvornay.
CALFA.
Qui est-ce qui vous dit le contraire ? Mais vous mélangez les questions ; l’aventure pourra lui être désagréable comme homme, mais comme préfet, elle ne lui offre que des avantages, et je n’ai affaire qu’au préfet. En donnant à la préfète l’auréole de l’arrestation arbitraire, je me trouve avoir déterminé en son honneur, et en l’honneur de l’administration préfectorale par conséquent, un courant d’opinion, un mouvement de sympathie considérable ; vous savez bien qu’en ce moment tous les fonctionnaires défilent à l’Hôtel du Midi pour témoigner de leur loyalisme : ça aura été une entrée exceptionnelle !
GÉRÔME.
Entre deux agents. Ce n’est pas l’entrée de tout le monde.
CALFA.
Et tout à l’heure, quand la préfète paraîtra à la musique, ce ne sont plus seulement les fonctionnaires, c’est toute la ville, c’est l’opinion publique qui va se manifester, et nous allons pouvoir juger d’un coup quels sont, dans la population, les éléments hostiles, et quels sont ceux sur qui nous pouvons compter…