Du Petit Tambour :

[Au moment où les yeux du monde entier sont fixés sur la lutte héroïque engagée contre l’autocratie anglaise par la République sud-africaine, au moment aussi où certains sectaires de La Marche prétendent monopoliser à leur profit la défense de l’armée et l’amour de la patrie, nous sommes heureux de publier dans nos colonnes l’article, vibrant de foi militaire et de sincère patriotisme, que le sympathique leader du Plateau-Central, notre distingué représentant, M. Martin-Martin, a bien voulu écrire spécialement pour les lecteurs du Petit Tambour sur le Rôle de la France dans le conflit transvaalien.

N. D. L. R.]

… Je n’ai pas la prétention d’apporter ici des vues diplomatiques précises, et je connais assez mon excellent ami et collègue, M. Delcassé, pour être assuré par avance que tout ce qui doit être fait sera fait. Je voudrais simplement indiquer en quelques mots quel enseignement paraît, dès l’abord, se dégager de cette guerre dont nous voyons se dérouler, si loin de nous sur la carte, mais si près dans nos cœurs, les préliminaires émouvants.

Je n’ai pas besoin de souligner l’ironie particulièrement douloureuse de ce conflit sanglant qui éclate au lendemain même du jour où notre puissant ami et allié adressait à toutes les nations européennes son éloquent appel au désarmement.

Personne, pas plus mon éminent collègue et ami, M. Bourgeois, que moi ou les autres, ne pouvions nous faire illusion, — illusion généreuse et bien séduisante cependant, — sur les suites probables de la conférence de La Haye. Tout au plus cependant pouvait-on espérer en de moins brusques lendemains, et qu’aux feux d’artifice joyeusement tirés par les bourgeois de Hollande en l’honneur des délégués de la conférence, le canon des Anglais serait plus lent à répondre, écho sinistre, sous Prétoria.

Mais voici le point sur lequel il me paraît utile et intéressant d’insister : cette paix que l’on cherchait à établir sur des bases internationales, que tous se plaisaient à reconnaître désirable le plus longtemps, sinon possible toujours, quelle est, sur l’échiquier européen, la nation qui la première éprouve, on ne peut même pas dire le besoin, mais bien plutôt le désir, l’âpre désir de la rompre ?

Sans doute une nation où une armée trop lourde à entretenir, un esprit militaire développé avec trop d’acuité, à outrance, ont fait apparaître l’opportunité d’une guerre comme un contrepoids, ou, si je puis ainsi m’exprimer, comme une soupape nécessaire ?

Mais non : c’est, au contraire, de toutes les nations, celle où l’héroïsme n’est que vertu de second plan, celle où l’intérêt prime tout, c’est une nation, non de soudards et de capitaines, mais de banquiers et de marchands, qui se rue la première à la guerre, à la guerre des cargaisons pour leurs entrepôts, à la guerre de l’or pour leurs banques !

Quel démenti plus topique pour ceux qui, en critiquant l’organisation de notre armée, ont prétendu faire le procès de son esprit ?