Monsieur le Député,

Comme suite à la demande de renseignements que vous aviez bien voulu m’adresser concernant M. l’abbé Jolly, je m’empresse de vous faire connaître que ce desservant a eu son traitement suspendu en 1895 à la suite de paroles violentes prononcées en chaire contre M. le président de la République Félix Faure.

Déplacé et envoyé dans la paroisse du Trou-Madame, cet ecclésiastique paraît s’être amendé, et, lors des dernières élections législatives, il a voté, à bulletin ouvert, pour le candidat républicain.

Veuillez agréer, Monsieur le député, l’assurance de ma considération la plus distinguée,

Le Préfet du Plateau-Central,
Jambey du Carnage.

P. S. Cet abbé Jolly vient assez souvent à la préfecture demander des secours pour aller aux eaux ; comme il est le cousin du secrétaire de l’évêque, le grand rival de l’abbé Foing, il peut quelquefois renseigner d’une façon assez précise mon chef de cabinet sur ce qui se passe à l’évêché : mais il n’est pas intéressant.

Ce qu’il vous a écrit de la nomination de Barigoule est exact ; mais il ignore que cela a été combiné par moi, d’accord avec l’évêque. L’abbé Barigoule est un garçon très intelligent, et qui ne nous créera aucun ennui ; sa nomination me permet d’obtenir, — donnant, donnant, puisque nous ne pouvons rien traiter autrement avec l’évêché, — le déplacement du curé de Cantelles ; enfin il est entendu que, si la fabrique a les soixante mille francs, les délégués sénatoriaux de Monistrol, qui sont fabriciens, voteront pour notre candidat.

Croyez, mon cher député, à mes meilleurs sentiments,

Jambey.