Jadis, la sentinelle avait ordre, là où elle stationnait, de refuser l’entrée à toute personne mal vêtue, et cela donna naissance à une assez amusante histoire qui eut pour acteur un garde national. Ce militaire avait été placé en faction à la porte d’une certaine mairie, le jour de quelque fête, avec ordre de ne laisser entrer aucune personne mal-mise. Un incroyable se présente, non seulement vêtu à la mode, mais au delà. La sentinelle le regarde, et, croisant sa baïonnette devant la porte, prononce d’une voix de commandement:

«On n’entre pas!

—On n’entre pas?—s’écrie l’élégant, ahuri du résultat de sa merveilleuse toilette;—on n’entre pas? Me défendre d’entrer, monsieur? Impossible! à quoi pensez-vous? Laissez-moi passer, vous dis-je!»

La sentinelle imperturbable restait comme un roc devant l’entrée: «Mes ordres sont précis, dit-elle, et je ne puis les enfreindre.

«LE MARCHAND DE LUNETTES»

(Par Gavarni) (Bibl. nationale)

—Précis! Vos ordres vous précisent de me refuser, moi?

Oui, monsieur, précis, de refuser qui que ce soit que je trouve mal-mis.»[C]

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