Il y a quelques jours, je vis un gentleman très élégant se faire une forte contusion à la tête et voir son vêtement complètement sali, par une chute qu’il fit en se prenant les pieds dans l’appareil d’un chaudronnier ambulant; celui-ci travaillait dans la rue et avait étalé son feu de charbon, son soufflet, son creuset et tous les autres objets nécessaires au métier d’étameur sur l’étroit trottoir de la rue de Provence.

Au moment où l’accident arriva, toutes les personnes qui passaient semblèrent prendre un grand intérêt au malheur du gentleman; mais aucune n’eut un mot de reproche ni une simple remarque sur cette invasion de la rue par le chaudronnier ambulant; et celui-ci ne sembla pas même imaginer qu’il dût faire des excuses ou seulement changer la disposition de son établissement.

A Londres, quand on construit ou quand on répare une maison, la première chose que l’on fait, c’est d’entourer les lieux d’une haute palissade qui empêche que les allées et venues nécessaires incommodent en aucune manière le public dans la rue. Après quoi, on établit un trottoir provisoire, protégé par des planches, afin que l’invasion inévitable du trottoir ordinaire par les travailleurs soit aussi peu gênante que possible.

(V. Adam del.) (Bibl. nat.)

Si vous passez dans Paris à un endroit qui soit dans les mêmes conditions, vous vous imaginerez tout d’abord que quelque terrible accident—le feu peut-être, ou la chute d’un toit—a occasionné ces difficultés, cet embarras de circulation qu’on croirait tolérable une heure à peine; mais les autorités municipales ne s’occupent pas de cela: aucun ordre de leur part n’empêche que les choses restent en cet état pour le tourment et le danger de mille passants, pendant des mois. Si un tombereau doit être chargé ou déchargé dans la rue, il peut prendre et garder la position la plus gênante pour la circulation, sans qu’on se soucie du danger ou du retard qu’il occasionne aux voitures et aux piétons qui ont à passer par là.

Des incongruités et des abominations de toutes sortes sont déposées sans scrupule dans les rues à toute heure du jour et de la nuit et y restent jusqu’à ce que le balayeur les enlève au matin. L’humble piéton peut se considérer comme heureux si, seuls, son nez et ses yeux souffrent de ces ordures, et s’il ne prend pas contact avec elles dans leur sortie sans cérémonie par la porte ou la fenêtre. Quel bonheur! s’exclame-t-il, quand il échappe; et, s’il est éclaboussé des pieds à la tête, il se console en jetant sur ses habits un regard plein de tristesse, et d’ailleurs nullement irrité.

Quant à cette barbarie d’un ruisseau tracé au milieu des rues pour recevoir toutes les ordures, qui gâte une grande partie de cette belle ville, je puis seulement dire que la patience avec laquelle des hommes et des femmes de mil huit cent trente-cinq la supportent me paraît inconcevable.

(V. Adam del.) (Bibl. nat.)