(Par Calamatta) (Bibl. nat.)

Notre modeste projet de regarder les murs qui contiennent les rebelles tapageurs et leurs juges patients s’accomplit facilement, non sans nous procurer beaucoup d’amusement.

Deux aimables Français nous accompagnaient, qui avaient promis de nous expliquer les signes et les symboles qui pourraient tomber sous nos yeux sans que nous les comprissions. La matinée étant délicieuse, nous nous rendîmes à pied à l’endroit de notre destination et nous nous promîmes de nous reposer au retour en nous faisant cahoter dans un fiacre.

Notre route traversait le jardin des Tuileries, cette raison acheva de nous décider, et, comme d’habitude, nous nous accordâmes de passer une délicieuse demi-heure assises sous les arbres...

Trois jeunes gens suivaient l’allée où nous nous installâmes, absorbés en apparence par quelque affaire de terrible importance. En vérité, ils avaient l’air de caricatures animées et n’étaient rien d’autre.

C’étaient des républicains. On voit constamment de semblables personnages se pavaner sur les boulevards, ou flâner, comme ceux que nous voyions, dans les Tuileries, ou rôder en groupes sinistres dans le bois de Boulogne, chacun se croyant le front d’un Brutus et le cœur d’un Caton. Où et à quelque heure que vous les voyiez, leur aspect ne trompe jamais; il n’est pas à Paris un enfant de dix ans qui ne puisse dire en les apercevant: Ce sont des républicains. J’ai vu dans plusieurs magasins d’estampes, une explication des symboles de leur toilette qui permettrait au plus ignorant de les reconnaître. Le plus important est le chapeau, qui formerait un cône parfait si le fond en était seulement plus élevé de quelques pouces; l’ombre de Cromwell peut se glorifier en voyant combien de mauvaises têtes imitent encore sa coiffure. Ensuite viennent les longs cheveux emmêlés, qui pendent salement sous le chapeau. Le cou est nu, au moins de linge; mais une profusion de cheveux remplace celui-ci. Le gilet, comme le chapeau, porte un nom immortel: «gilet à la Robespierre,» telle est sa terrible appellation; et la dimension de ses revers augmente ou diminue selon la grandeur des principes de celui qui les porte. Au reste, un air farouche et sauvage est tout à fait nécessaire pour achever l’extérieur d’un républicain à Paris en 1835.

LE JARDIN DU LUXEMBOURG

(Collection J. B.)

Quelles grimaces j’ai vu défigurer le visage de ceux qui portent ce déguisement! Les uns roulent des yeux et froncent les sourcils comme s’ils voulaient intimider l’univers entier; d’autres fixent leurs sombres regards vers la terre, absorbés dans une effrayante méditation; pendant que d’autres, tristement appuyés à une statue ou un arbre, jettent des regards terribles, qui pourraient être interprétés dans le langage des sorcières de Macbeth.