«CE SOIR A LA PORTE SAINT-MARTIN!—J’Y SERAI!»

(Grav. de A. Hervieu) (Extr. de Paris and the Parisians, by Mrs. Trollope)

Il semble que, depuis le commencement des jugements, le principal devoir des gendarmes—(je vous demande pardon, je voulais dire: de la garde de Paris)—soit d’empêcher tout rassemblement de gens conversant et bavardant dans les cours et les jardins du Luxembourg. Aussitôt qu’on voit deux ou trois personnes stationnant ensemble un sergent de ville s’approche et prononce sur un ton de commandement: «—Circulez messieurs! Circulez, s’il vous plaît!» La raison de cette précaution est que, tous les soirs, à la porte Saint-Martin, des jeunes gens se rassemblent pour faire un vain tapage sans aucune signification, mais dont l’écho, répercuté de rue en rue, arrive à prendre l’importance d’une émeute. Nous sommes présentement tellement habitués à ces insignifiantes émeutes, que nous n’y attachons pas plus d’importance que le général Lobau lui-même; néanmoins, on juge convenable de prévenir tout rassemblement à proximité du Luxembourg, de peur que la dame aux cent voix qui grossit les huées de quelques ouvriers paresseux jusqu’à en faire une émeute, ne propage à travers la France la nouvelle que le Luxembourg est assiégé par le peuple. Le tapage que nous entendîmes était occasionné par le rassemblement d’une douzaine de personnes; un agent était au milieu du groupe et nous entendîmes parler d’arrestation. En moins de cinq minutes, cependant, tout était calme; mais nous remarquâmes des figures si pittoresques dans leur républicanisme, que nous reprîmes nos sièges pour en faire un croquis, tout en nous amusant à imaginer quelles pouvaient être les sinistres paroles qu’ils échangeaient entre eux avec tant de circonspection. M. de L. nous assura que, sans aucun doute, ils se disaient:

«Ce soir, à la porte Saint-Martin!» Réponse: «J’y serai...»

XVIII

LIBERTÉ FRANÇAISE DE PROPOS.—«L’ODEUR DU CONTINENT.»—MALPROPRETÉ ET LUXE.—L’EAU NON INSTALLÉE DANS LES MAISONS.—DÉLICATESSE ANGLAISE.—SES CAUSES.

Parmi les usages français qui nous frappent par leur contraste avec les nôtres, je note d’abord la liberté stupéfiante avec laquelle, ici, et même dans la bonne société, on parle d’une foule de choses auxquelles on n’oserait faire la plus légère allusion chez nous, fût-ce dans les plus modestes classes. Il semble que l’opinion de Martine ne lui soit point du tout particulière, et que les Français pensent généralement avec elle que:

Quand on se fait entendre, on parle toujours bien.

Il est impossible de ne pas admettre que la France manque de raffinement à ce point de vue, si on la compare à l’Angleterre. Aucun Anglais, je crois, n’est jamais revenu de Paris sans l’affirmer; et malgré la gallomanie qui règne chez nous, tout le monde reconnaît que, pour saisissantes que soient l’élégance et la grâce des plus hautes classes françaises, il leur manque encore cette délicatesse raffinée, si hautement estimée à tous les rangs de notre société, même les plus vulgaires. Les Français voient des choses et supportent des désagréments, qui nous feraient perdre l’esprit en juillet et nous pendre en novembre...