«Nous avons des droits! criait-il avec une grande véhémence, nous avons des droits!... qui est-ce qui veut les nier?... Nous ne demandons que la Charte... Qu’ils nous donnent la Charte!...»
Le tumulte dura environ trois heures, après quoi la foule se dispersa tranquillement; et il faut espérer que chacun de ceux qui y prirent part s’occupera honnêtement à son emploi jusqu’à la prochaine belle soirée qui le réunira de nouveau aux autres pour remplir le double rôle de spectateur et d’acteur à ce petit spectacle.
Le renouvellement périodique de ces émeutes semble maintenant ne plus inquiéter personne, et si des amendes et des arrestations constantes (quelquefois injustes d’ailleurs, et qui ne calment nullement les audacieuses démonstrations du mécontentement de la populace et des journaux qui la soutiennent),—si ces rigueurs ne montraient pas que l’on apporte quelque attention à ces manifestations, on pourrait attribuer l’indifférence du gouvernement à sa confiance dans sa propre force et au peu de crainte que lui inspirent les conséquences possibles de cette agitation.
Et c’est bien là, je crois, le sentiment du gouvernement du roi Philippe. Néanmoins il vaudrait beaucoup mieux pour Paris que, par un moyen quelconque, on mît fin à ces scènes déplaisantes...
Louis-Philippe n’est ni Napoléon ni Charles X. Il n’a ni les droits inaliénables de l’un ni la gloire accablante de l’autre; mais s’il était assez heureux pour assurer à ce beau pays, fatigué de luttes intestines, l’ère de tranquille prospérité qui paraît commencer, il pourrait être considéré par le peuple français comme plus grand que ces deux souverains...
ÉMEUTE A LA PORTE SAINT-MARTIN
(Extr. de Paris and the Parisians, by Mrs. Trollope)
S’il voulait entreprendre une croisade pour rendre l’indépendance à l’Italie, il convertirait chaque traître en héros. Qu’il adresse à l’armée recrutée pour ce projet les mêmes mots inspirés dont se servait Napoléon autrefois: Soldats!... Partons!... rétablir le Capitole... réveiller le peuple romain engourdi par plusieurs siècles d’esclavage... Tel sera le fruit de vos victoires. Vous rentrerez alors dans vos foyers, et vos concitoyens diront en vous montrant: Il était de l’armée d’Italie!... Qu’il institue ensuite un nouvel ordre qu’il appellera «l’ordre impérial de la Redingote grise», ou «l’ordre indomptable des Bras croisés»; qu’il permette à tout homme qui en sera membre de faire broder un aigle sur le devant de son habit, à condition qu’il se soit conduit bravement et comme un Français sur le champ de bataille: aussitôt la porte Saint-Martin deviendra aussi paisible que le cabinet de toilette de l’autocrate à Saint-Pétersbourg...