SOIRÉE DANSANTE.—EN ANGLETERRE, LES JEUNES FILLES SONT ÉLEVÉES LIBREMENT ET AU BAL LES JEUNES FEMMES S’EFFACENT DEVANT ELLES.—EN FRANCE, C’EST TOUT LE CONTRAIRE.—ANECDOTE.—LE SPECTACLE DES FLEURTS, CONSOLATION DES VIEILLES DAMES CHAPERONS.—DISCUSSION SUR LA SUPÉRIORITÉ DE L’USAGE FRANÇAIS OU DE L’USAGE ANGLAIS.—LES JEUNES FILLES ANGLAISES CHOISISSENT ELLES-MÊMES LEURS MARIS.

L’autre soir, nous fûmes à un bal, ou, pour mieux dire, à une soirée dansante; car, en cette saison, on a beau danser du soir au matin, ce n’est pas un bal. Mais, qu’on appelle cette fête du nom qu’on voudra, elle n’aurait pu être plus gaie et plus agréable au mois de janvier qu’elle le fut en ce mois de mai.

Plusieurs Anglais y assistaient, qui, au grand étonnement de beaucoup, choisirent toujours leurs danseuses parmi les jeunes filles; et cela peut nous sembler naturel, mais cela passe ici pour un procédé extraordinaire.

Le rôle des jeunes filles dans les salons d’Angleterre et de France est fort différent, et c’est très remarquable pour qui n’est pas au fait des usages de la société française. Chez nous, ce qui passe pour le plus agréable à regarder, et ce que l’on invite en premier à danser, ce sont les jeunes filles. Brillantes par l’éclat de leur jeunesse, gracieuses et gaies comme des jeunes faons dans tous les mouvements de cet exercice si essentiellement juvénile qu’est la danse, éclipsant l’élégance de leur toilette par leur joliesse qui empêche nos yeux de s’arrêter sur autre chose qu’elles-mêmes, ce sont les jeunes personnes qui, en dépit des diamants et des dentelles, en dépit des beautés mariées et de leurs grâces savantes, semblent les reines d’un bal. Mais, en France, on n’est point de cet avis.

Quelquefois il arrive chez nous qu’une coquette matrone valse avec plus d’ardeur que de sagesse; mais, en le faisant, elle risque toujours d’être mal notée d’une manière ou d’une autre, et plus ou moins gravement, par les personnes présentes; en outre, je ne lui affirmerais point que son danseur n’aimerait pas beaucoup mieux tourner en compagnie d’une des brillantes jeunes filles, légères comme des sylphides, qu’il voit voler autour de lui, qu’avec la femme mariée la plus fashionable de Londres.

A Paris, il en va tout au contraire; et ce qui est assez étrange, c’est que, dans les deux pays, les raisons par lesquelles on explique cette différence sont inspirées par le souci de la morale.

En entrant dans un bal en France, au lieu de voir les plus jeunes et les plus jolies des assistantes occuper les places en évidence, entourées par les jeunes hommes, et habillées avec l’élégance la plus étudiée et la plus convenable, vous les verrez se tenir tout à fait au fond, sobrement habillées, et totalement éclipsées par les beautés épanouies de leurs amies mariées...

Le charme et la fascination par lesquels se distingue incontestablement une Française élégante ne lui appartiennent totalement et réellement que lorsqu’elle est mariée. Une jeune personne française parfaitement bien élevée regarde tout... comme il convient à une jeune personne parfaitement bien élevée; mais il faut avouer qu’aussi elle regarde comme si sa gouvernante (et une gouvernante vigilante!) regardait en même temps qu’elle par-dessus son épaule. Elle sera habillée, bien entendu, avec la plus exacte précision et la plus parfaite bienséance; son corset empêchera sa robe de faire un pli, et son friseur ne permettra à aucun cheveu de s’échapper de la place qui lui est assignée. Mais, si vous voulez

LES APPRÊTS POUR LE BAL