(Par Gavarni) (Extr. de L’Artiste)
admirer cette perfection gracieuse de la toilette, cette inimitable agacerie de costume qui distinguent une femme française de toutes les autres dans le monde, quittez mademoiselle pour madame. Le son de la voix même est différent. Il semble que l’âme et le cœur d’une jeune fille française soient endormis, ou au moins assoupis, jusqu’à ce que la cérémonie du mariage les réveille. Tant que c’est mademoiselle qui parle, le ton, ou plutôt le son de la voix garde je ne sais quoi de monotone, de terne, d’ennuyeux; mais quand madame s’adresse à vous, alors tout le charme que la manière, la cadence et l’accent peuvent ajouter à un organe apparaît.
«TAPISSERIES»
(Par Henri Monnier) (Bibl. nat.)
En Angleterre, au contraire, je ne connais rien de plus ravissant que le son de voix frais, naturel, doux et joyeux d’une jeune fille. C’est aussi délicieux que le chant de l’alouette quand il s’élève dans la fraîcheur du matin pour saluer le soleil. Il ne s’y trouve rien de retenu, de contraint, d’emprisonné par la peur de montrer trop tôt un pouvoir de sirène.
Jusque dans la danse, véritable arène où se déploient les grâces de la jeunesse, la jeune fille française est vaincue, quand on compare ses pas bien corrects aux mouvements aisés, caressants et fascinants de la femme mariée.
Dans cette naïve amabilité, qui suffirait à rendre tout à fait charmante une jeune fille simple et d’un bon naturel, si même elle n’avait pas d’autre séduction, il entre aussi une prudente contrainte. Une demoiselle française, quand elle serait la plus gentillement tendre créature du monde, serait empêchée par la bienséance de se laisser voir ainsi.
Un jeune Anglais de ma connaissance qui, bien qu’ayant beaucoup fréquenté la société française, n’était pas initié aux mystères de l’éducation féminine, me raconta l’autre jour une aventure qui lui arriva et que je rapporterai parce qu’elle est typique, encore qu’elle n’ait rien à voir avec notre bal. Ce jeune homme avait été pendant très longtemps reçu dans une famille française; il y avait très souvent accepté à dîner, et, en fait, il se considérait comme admis dans l’intimité de la maison.