Le seul enfant de cette famille était une fille, plutôt jolie, mais froide, silencieuse et plutôt éloignante par ses manières, bref presque gauche et n’inspirant aucun intérêt. Tout effort pour tirer d’elle quelque conversation était resté sans résultat, et, bien qu’il la vît souvent, notre Anglais croyait qu’elle le considérait à peine comme une relation.
Le jeune homme retourna en Angleterre, puis, après quelques mois, revint à Paris. Un jour qu’il était plongé, au Louvre, dans la contemplation d’un tableau, il fut soudainement accosté par une très jolie femme qui, de la manière la plus aimable et la plus amicale possible, lui posa une multitude de questions, lui fit mille demandes sur sa santé, l’invita à venir la voir le plus tôt possible, et termina en s’écriant: «Mais c’est un siècle depuis que je vous ai vu!»
«UN BAL A LA CHAUSSÉE D’ANTIN»
(Par Gavarni) (Bibl. nat.)
Mon ami la regardait avec autant d’admiration que de surprise. Il commença à se rappeler qu’il l’avait vue jadis, mais où et comment, il ne savait pas. Elle remarqua son embarras et sourit: «Vous m’avez oubliée donc? dit-elle. Je m’appelle Eglé de P... Mais je suis mariée...»
Mais revenons à notre bal.
Quand je vis toutes les femmes mariées invitées l’une après l’autre jusqu’à ce qu’il n’y eût plus de danseur libre, je me sentis positivement en colère; car, malgré l’aide de mes ignorants compatriotes, il y avait encore au moins une demi-douzaine de jeunes filles sans cavalier.
Elles ne semblaient pas, d’ailleurs, aussi tristement désappointées que l’eussent été des jeunes filles anglaises en pareil cas. Elles étaient habituées à cette torture, comme les hommes l’étaient eux-mêmes à la leur faire subir, et elles battaient en cadence le parquet de leurs jolis petits pieds, tandis qu’elles voyaient les heureuses femmes mariées danser en couples—couples non mariés—devant leurs yeux.