—Rien de plus facile à expliquer. Cette jolie jeune fille assise dans le coin là-bas, avec ses cheveux si sévèrement tirés, est sa fille, sa fille unique et qui aura une noble dot. Comprenez-vous?... Et dites-moi, dans le cas où l’affaire n’aboutirait pas, ne vaut-il pas mieux que ce soit cette excellente dame, valsant comme un canard, qui reçoive sur son cœur d’acier toute l’éloquence que ce jeune homme déploie pour se rendre aimable, plutôt que la délicate petite jeune fille?

—Est-ce sérieusement que vous nous recommandez cette façon de faire l’amour par procuration, en substituant la maman à la jeune fille jusqu’à ce que celle-ci ait obtenu un brevet qui lui permette d’écouter elle-même le langage de l’amour? Si excellent que ce système puisse être, chère madame, il est vain d’espérer que nous l’introduisions jamais parmi nous. Nos jeunes filles diraient, ce que vous opposiez tout à l’heure à l’idée de faire accepter en France des innovations anglaises: Ce n’est pas dans nos mœurs

Je vous assure, mon amie, que je n’ai pas inventé à loisir cette conversation pour votre amusement, car je me suis rapprochée le plus possible de ce qu’on m’a dit; je ne vous ai pas tout conté, mais ma lettre est déjà assez longue.

XXIII

LES TROTTOIRS NOUVELLEMENT INTRODUITS.—POURQUOI LES PARISIENS PRÉFÈRENT LES APPARTEMENTS AUX MAISONS CONSTRUITES POUR UNE SEULE FAMILLE COMME A LONDRES.—LE PORTIER-FACTOTUM.—LE LUXE A PARIS EST MOINS COUTEUX QU’A LONDRES.—RICHESSE CROISSANTE DE LA FRANCE.

Parmi les récentes améliorations introduites à Paris, et qui doivent évidemment leur origine à l’Angleterre, celles qui frappent d’abord les yeux sont l’usage presque universel des tapis dans les maisons et l’agrément des trottoirs dans les rues. Dans peu d’années, à moins que tous les pavés n’aient été arrachés par ceux qui espèrent obtenir de l’immortalité par les barricades, il sera aussi facile de se promener à Paris qu’à Londres. Il est vrai que les vieilles rues ne sont pas assez larges ici pour permettre d’aussi grandes esplanades que celles qui s’étendent de chaque côté de Regent’s Street et d’Oxford Street; néanmoins l’espace nécessaire à la sécurité et à la commodité des passants pourra être ménagé; et ceux qui connurent Paris il y a une douzaine d’années, quand il y fallait sauter d’une pierre à l’autre, en pleine canicule, dans le fol espoir de conserver ses souliers secs, non sans craindre d’être écrasé par un chariot, un fiacre, un coucou ou une brouette, ceux qui se souviennent de ce temps-là, béniront le cher petit trottoir qui borde maintenant presque toutes les principales rues, à l’exception des intervalles nécessaires pour accéder aux portes cochères des hôtels privés et de quelques courts espaces qui semblent avoir été oubliés.

(V. Adam del.) (Bibl. nat.)

Une autre innovation anglaise, beaucoup plus importante, a été tentée sans succès: celle des maisonnettes, ou petits hôtels construits pour une seule famille. On en a bâti quelques-unes dans cette nouvelle partie de la ville qui s’étend derrière la Madeleine; mais on n’a obtenu là aucun bon résultat pour beaucoup de raisons que l’on aurait pu prévoir facilement, semble-t-il, et auxquelles il me paraît très difficile d’obvier à présent.