«LE CHEVAL DE BRONZE» ET «LA MARQUISE» A L’OPÉRA-COMIQUE.—L’HEURE TARDIVE DU DINER NUIT AUX SPECTACLES.

Le Cheval de Bronze étant le spectacle par excellence de l’Opéra-Comique en ce moment, nous crûmes nécessaire de l’aller voir, et nous avons tous trouvé que les décors et la mise en scène étaient aussi bien que le théâtre le permettait. Nous en sortîmes très satisfaits, ce que nous n’avouâmes qu’en petit comité, parce que cela n’était pas très flatteur pour nos facultés intellectuelles.

Je ne comprends réellement pas comment on peut rester assis pendant trois heures entières, non seulement sans murmurer, mais encore sans autre occupation que de regarder une collection de choses dénuées d’intérêt autour desquelles circule sans cesse une foule de figurants. Mais c’est ainsi, et, en voyant tel arrangement de gazes blanches et bleues, éclairées par la lumière magique des feux de Bengale, et qui forment décidément la plus jolie fantaisie que l’on puisse imaginer, nous nous écriâmes: «Joli! joli!» comme l’aurait pu faire un enfant de cinq ans en voyant pour la première fois Polichinelle.

L’OPÉRA-COMIQUE

(Par E. Lami) (Collection J. B.)

La musique de M. Auber comprend quelques charmants morceaux, mais il a fait beaucoup mieux jadis; et le mauvais goût des principaux chanteurs me ferait désirer ardemment que l’excellent orchestre fût seul à l’interpréter.

Mᵐᵉ Casimir a eu et a encore une voix riche et puissante; mais la plus inculte petite fille d’Allemagne, qui arrange sa vigne en chantant ses airs nationaux, pourrait lui donner une leçon de goût qui lui serait plus profitable que tout ce que la science lui a appris...

Cette brillante bagatelle était précédée d’une petite comédie, appelée, la Marquise. Le sujet doit avoir été tiré, bien que très modifié, d’une histoire de George Sand, et ne vaut guère qu’on en parle; mais c’est un joli spécimen d’un genre très français, une petite pièce naturelle, facile, enjouée; en l’écoutant, vous êtes en sympathie avec les acteurs comme avec les caractères, et vous oubliez qu’il y a dans le monde beaucoup de tristesses et d’ennuis...

Les théâtres, surtout ceux de second ordre, semblent être très suivis; mais j’entends souvent observer, à Paris comme à Londres, que le goût du théâtre diminue dans les hautes classes; et cela vient, je crois, des mêmes causes dans les deux pays: d’abord, l’heure tardive du dîner, qui fait que, pour aller au spectacle, il faut déranger ses habitudes, et c’est là une difficulté dans la famille. L’Opéra, qui commence plus tard, est toujours plein: et, si je ne vivais depuis assez longtemps dans le monde pour savoir ce que la mode peut faire supporter, je serais étonnée qu’un peuple aussi gai que celui des Français se presse chaque soir pour assister à un spectacle aussi sérieusement ennuyeux...