Il me dit qu’il ne resterait pas longtemps à Paris, où il fréquentait trop le monde pour travailler, qu’il allait promptement retourner dans sa profonde retraite, dans sa chère Bretagne, où il finirait l’œuvre qu’il avait commencée. Je ne sais si cet ouvrage est la défense des Prévenus d’avril, qu’il a menacé de publier contre ceux qui ont refusé de le laisser plaider au tribunal dans cette affaire, mais on s’attend à ce que ce document soit violent, puissant et éloquent...
M. de Lamennais, ainsi que plusieurs autres personnages aux principes républicains avec lesquels j’ai eu l’occasion de causer depuis que je suis à Paris, a conçu l’idée que l’Angleterre est en ce moment et bona fide sous la règle et le gouvernement de Mr. Daniel O’Connell. Il m’a entretenue de ce personnage avec la plus grande admiration et le plus profond respect: ne s’en rapporte-t-il pas aux journaux anglais pour croire à l’amour enthousiaste et à la vénération qu’on lui témoignerait dans la Grande-Bretagne!
XXVII
LES VIEILLES FILLES SONT RIDICULES EN FRANCE.—POURQUOI ELLES Y SONT BEAUCOUP PLUS RARES QU’EN ANGLETERRE.—SUPÉRIORITÉ DE LA MANIÈRE DE CONCLURE LES MARIAGES EN ANGLETERRE.—EN FRANCE, LES VIEILLES FILLES S’APPLIQUENT A DISSIMULER LEUR TRISTE ÉTAT.
Il y a plusieurs années que, passant quelques semaines à Paris, j’eus une conversation avec un Français au sujet des vieilles filles, et, bien qu’il y ait longtemps de cela, je vous la rapporterai à l’occasion d’un fait qui vient de m’arriver.
Nous nous promenions, je m’en souviens, dans les jardins du Luxembourg, et, comme nous marchions de long en large dans les longues allées, la causerie tomba sur le «misérable sort», comme l’appelait mon interlocuteur, des femmes célibataires en Angleterre. Mon compagnon déplorait cet état comme le résultat le plus mélancolique des mœurs nationales qui se pût imaginer.
«Je ne connais rien en Angleterre, déclarait-il avec la dernière énergie, qui me fasse plus de peine que la vue d’un grand nombre de ces femmes malheureuses, qui, encore que bien nées, bien élevées et estimables, se trouvent sans position, sans un état et sans un nom, si ce n’est celui dont elles désirent tant se débarrasser qu’elles donneraient pour cela la moitié des jours qui leur restent à vivre.
—Je crois que vous exagérez quelque peu le mal, répondis-je; pourtant, même si leur position est aussi triste que vous le dites, je ne vois pas en quoi les dames célibataires sont plus heureuses ici?