—Ici! s’exclama-t-il avec indignation: vous n’imaginez pas réellement qu’en France, où nous nous vantons de rendre nos femmes les plus heureuses du monde, nous pourrions souffrir que des jeunes filles infortunées, innocentes, sans appui, tombassent hors de la société, dans le néant du célibat, comme chez vous? Dieu nous garde d’une telle barbarie!

—Mais comment pouvez-vous empêcher cela? Il est impossible que, par suite des circonstances, beaucoup de vos hommes ne soient pas amenés à demeurer célibataires; et si le nombre des individus des deux sexes est égal, il s’ensuit qu’il doit y avoir aussi des femmes non mariées?

—Cela peut paraître ainsi, mais la réalité est tout autre: nous n’avons pas de femmes non mariées.

—Alors, que deviennent-elles?

—Je ne sais pas, mais si une Française se trouvait dans cette situation, elle se jetterait à l’eau!

—J’en connais une cependant, dit une dame qui était avec nous; Mˡˡᵉ Isabelle B... est une vieille fille.

Est-il possible? s’écria notre interlocuteur d’un ton qui me fit éclater de rire. Et quel âge a-t-elle, cette malheureuse Mˡˡᵉ Isabelle?

—Je ne sais pas exactement, répondit la dame, mais je pense qu’elle doit avoir passé trente ans depuis longtemps.

C’est une horreur!» s’écria-t-il encore, et il ajouta avec mystère, dans un demi-murmure: «Croyez-moi, elle ne supportera pas cela longtemps!»

J’avais certainement oublié Mˡˡᵉ Isabelle et ce qui la concernait, quand je rencontrai la dame qui l’avait citée comme étant la seule vieille fille qui fût en France. Comme je causais avec elle, l’autre jour, de tout ce que nous avions fait ensemble dans le temps passé, elle me demanda si je me souvenais de cette conversation. Je lui assurai que je n’en avais rien oublié.