(Par Devéria) (Coll. J. Boulenger.)

En revanche, que d’arguments contraires! Quel que soit le sentiment d’une Française pour son époux, celui-ci ne pourra jamais sentir qu’elle l’a choisi parmi les autres; certes, il arrive parfois qu’une belle créature soit élue par son fiancé à cause de sa beauté; mais, si la réponse a été faite sans même qu’on la consulte, sans doute elle peut tirer de cette demande une petite satisfaction de vanité, mais certainement rien qui approche d’un sentiment de tendresse venant du cœur.

L’habitude est si fortement invétérée qu’il est impossible à un pays de juger impartialement l’autre sur un sujet entièrement réglé par les coutumes. Donc, tout ce que je puis, comme Anglaise, m’aventurer à dire, c’est que je serais bien fâchée que nous adoptassions chez nous la mode de nos voisins français.

(V. Adam del.) (Collection J. B.)

Je pense, toutefois, que mon ami du jardin du Luxembourg exagérait beaucoup quand il m’assurait qu’il n’existait pas de femmes célibataires en France. Il en existe certainement, bien qu’en moins grand nombre qu’en Angleterre. D’ailleurs, il n’est pas aisé de les reconnaître. Chez nous, il n’est pas extraordinaire que des femmes célibataires prennent ce qu’on appelle en langage militaire un «rang de brevet». Ainsi miss Dorothée Tomkins deviendra Mrs. Dorothée Tomkins et quelquefois même tout bonnement Mrs. Tomkins, pourvu qu’il n’y ait aucune autre Mrs. Tomkins pour lui interdire ce titre; mais je n’ai pas souvenance qu’aucune dame dans cette situation se soit fait appeler la veuve Tomkins ou la veuve Un Tel.

Ici, on m’a assuré que le cas est différent et que les plus proches parents et amis sont souvent seuls à savoir quelque chose. Plus d’une veuve respectable n’a jamais eu de mari dans sa vie, et l’on m’a positivement affirmé que le secret est souvent si bien gardé, que les nièces et les neveux d’une famille ne savent pas si leurs tantes sont veuves ou non.

Cela tend à démontrer que l’on considère ici le mariage comme un état plus honorable que le célibat, quoiqu’il ne faille pas aller jusqu’à prétendre que les vieilles filles se jettent à l’eau...

XXVIII

L’ÉLÉGANCE INIMITABLE DES FRANÇAISES.—IMPOSSIBILITÉ A UNE ANGLAISE DE N’ÊTRE PAS CONNUE POUR TELLE AU PREMIER REGARD.—LES MAGASINS DE NOUVEAUTÉS ET LES BOUTIQUES.—LE GOUT DES BOUQUETIÈRES.—TOUT A PARIS EST ARRANGÉ AVEC GOUT.—PLUS DE ROUGE NI DE FAUX CHEVEUX.