Le seul article de luxe féminin plus généralement répandu parmi elles que parmi nous est le châle de cachemire. Le trousseau d’une jeune femme compte toujours au moins un de ces précieux châles, et c’est, je crois, de tous les présents, celui qui fait souvent, comme le dit Miss Edgeworth, oublier le futur à la fiancée.
Sous d’autres rapports, ce qui est nécessaire à la garde-robe d’une Française élégante l’est aussi à celle d’une Anglaise. Seulement on porte plus chez nous de bijoux et colifichets de toutes sortes que chez eux. La robe qu’une jeune Anglaise mettrait pour dîner est exactement la même qu’une jeune Française porterait à tous les bals, sauf à un bal costumé; au lieu que la plus élégante toilette du dîner, à Paris, ne se porterait chez nous que pour aller à l’Opéra.
Il y a beaucoup de très jolis magasins de nouveautés dans toutes les parties de la ville, et le cœur d’une femme peut y trouver tout ce qu’il désire quant à la toilette.
«MARCHANDES DE MODES»
(Par Gavarni) (Bibl. nat.)
Ces magasins sont des modistes et des coiffeuses excellentes, qui savent parfaitement fabriquer et recommander tous les produits de leur art fascinateur; mais il ne se trouve point ici de Howel et de James où s’assemblent à point nommé toutes les jolies femmes de Paris; on ne voit aucune assemblée de grand valets de pied attendant sur les banquettes à l’extérieur des boutiques, et qui fassent office d’enseigne pour les non-initiés en leur indiquant par leur présence combien d’acheteurs sont en train de marchander les précieux objets de l’intérieur. Les boutiques sont en général beaucoup plus petites que les nôtres, ou, quand elles s’étendent en longueur, elles ont l’air de dépôts de marchandises. On étale pour la montre et la décoration beaucoup moins d’objets, si ce n’est dans les magasins de porcelaines ou de bronzes dorés, protégés par des glaces. A vrai dire, partout où les articles peuvent être exposés sans danger aux injures de l’air, on en étale un nombre considérable; mais, dans l’ensemble, les boutiques n’offrent pas ici une aussi grande apparence de capitaux employés que chez nous.
Une des principales causes du gai et joli aspect des rues est la quantité et l’élégant arrangement des fleurs exposées pour la vente. Tout le long des boulevards, et dans chacun de ces brillants passages qui percent maintenant Paris dans tous les sens, vous n’avez qu’à fermer les yeux pour vous croire dans un parterre; et si, en ouvrant les yeux, l’illusion s’envole, vous trouvez à sa place quelque chose d’aussi charmant.
Malgré les abominations multiples des rues, les serrures des portes des salons semblables à des cadenas de prisons et l’odieux escalier commun à tous par lequel on y accède, il y a chez ce peuple un goût et une grâce qu’on ne trouverait certainement pas ailleurs. Et cela non seulement dans les vastes hôtels des riches et des grands, mais dans toutes les classes de la société, jusqu’à la plus basse.
La manière dont une vieille marchande de quatre saisons noue les cerises qu’elle vend pour quelques sous à sa clientèle de gamins, pourrait donner une leçon au plus adroit décorateur de nos tables de soupers. Un bouquet de violettes sauvages, dont le prix est à la portée de la soubrette la moins payée de Paris, est arrangé avec une grâce qui le rendrait digne d’une duchesse; et j’ai vu le modeste étalage d’une fleuriste dont toute la tente se composait d’un arbre et du ciel bleu, disposé avec un mélange de couleurs si harmonieux, que je suis restée plus longtemps et plus agréablement à la regarder que je ne suis jamais demeurée à contempler le palais de Flore lui-même dans le King’s Road.