LE PATISSIER ANGLAIS

(Par Th. Guérin) (Coll. J. B.)

«Est-il possible! dit-il gravement avec un air indigné et au moment où une des dames qu’il accompagnait parut sur le point de manger un «bun» anglais, est-il possible que vous puissiez préférer à la pâtisserie française ces comestibles étranges à voir?

Mais goûtez-en! dit la dame en lui présentant un gâteau semblable à celui qu’elle mangeait: ils sont excellents.

—Non, non! c’est assez de les regarder! dit son cavalier en haussant les épaules. Il n’y a dans ces gâteaux aucune grâce, aucune élégance, aucune légèreté.

Mais goûtez quelque chose, répliqua la dame en insistant.

Vous le voulez absolument! s’exclama le jeune homme; quelle tyrannie!... et quelle preuve d’obéissance je vais vous donner!... Voyons donc!» continua-t-il, et il approcha de lui un plateau sur lequel étaient empilés quelques véritables «muffins» anglais, lesquels sont, comme vous le savez, d’une fabrication mystérieuse, et, quand on les mange non rôtis, du même goût qu’un morceau de peau de gant. L’infortuné connaisseur en pâtisserie prit ce il qu’il croyait être un gâteau, et s’exclama d’un air théâtral:

«Voilà donc ce que je vais faire pour vos beaux yeux.»

LE ROI-CITOYEN EN PROMENADE