(Par A. Hervieu) (Extr. de Paris and the Parisians, by Mrs. Trollope)

En parlant, il prit une de ces pâles et molles choses, et, à notre extrême amusement, essaya de la manger. Tout le monde peut être excusé de faire des grimaces en telle occasion, et, le privilège des Français en ce genre est bien connu; mais ce hardi expérimentateur abusa de ce privilège; il paraissait subir une agonie complète, et ses haut-le-cœur, ses reproches furent si véhéments, qu’amis, étrangers, boutiquier, et tous, jusqu’à une petite bonne qui apportait un plateau de pâtés, furent pris d’un rire inextinguible, que l’infortuné, rendons lui cette justice, supporta avec une extrême bonne humeur, en faisant seulement promettre à sa jolie compatriote qu’elle n’insisterait plus jamais pour qu’il mangeât des friandises anglaises.

Si cette scène avait continué plus longtemps, j’aurais manqué un spectacle auquel j’eusse été bien fâchée de ne point assister, mais je n’aurais certainement pas quitté la pâtisserie avant que la torture du jeune Français fût terminée. Heureusement, nous arrivâmes sur le boulevard des Italiens à temps pour voir le roi Louis-Philippe, en simple bourgeois, passer à pied juste devant les Bains Chinois, mais sur le trottoir opposé.

Excepté une petite cocarde tricolore à son chapeau, il n’avait rien dans sa tenue qui le distinguât des autres passants. C’est un homme entre deux âges, replet, d’un bel aspect, ayant dans sa démarche une dignité qui, malgré l’air bourgeois dont il se promenait, aurait attiré l’attention et trahi son origine, même sans la cocarde tricolore indicatrice. Deux messieurs suivaient à quelques pas derrière lui, qui se rapprochèrent quand nous fûmes passés à ce qu’il me sembla; mais il n’avait pas avec lui d’autres personnes qui parussent être à son service. J’observai que beaucoup le reconnaissaient et que quelques chapeaux se levèrent sur son passage, y compris ceux de deux ou trois Anglais; mais sa présence excitait peu d’émotion. Je m’amusai cependant de l’air nonchalant avec lequel un jeune homme, en grand costume à la Robespierre, se servit de son lorgnon pour examiner la personne du monarque aussi longtemps qu’elle resta en vue.

Le dernier roi que j’avais rencontré dans les rues était Charles X. Il revenait d’un de ses palais suburbains, escorté et accompagné d’une manière vraiment royale. Le contraste entre les hommes et les habitudes était frappant et bien fait pour éveiller le souvenir des événements qui se sont passés depuis la dernière fois que j’ai regardé un souverain de France...

XXXII

POLITESSE DES MARIS FRANÇAIS.

Du moment où l’on est admis dans la société française, on s’aperçoit sur-le-champ que les femmes y jouent un rôle fort important. Les femmes anglaises en font certainement autant dans la leur; mais pourtant je ne puis m’empêcher de penser que, sauf exception, les dames en France ont plus de pouvoir et exercent une plus grande influence que celles d’Angleterre...

La France a été surnommée le paradis des femmes, et certes s’il suffit de considération et de respect pour constituer un paradis, c’est avec raison qu’elle a reçu ce nom. Je ne veux pourtant point admettre que les Français soient de meilleurs maris que les Anglais, quoique je sois assez portée à croire que ce sont des maris plus polis.

Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble,
Mais j’entends là-dessous un million de mots.