Elle sembla hésiter un moment à répondre franchement; puis elle dit, mais d’une manière si enjouée et si gracieuse qu’elle aurait désarmé la colère nationale du patriote le plus susceptible:
«Eh bien!... aux naturels.
—Mais nous prenons grand soin, répondis-je, que vous ne manquiez pas de spécimens de la race à examiner et il me semble difficile que vous ayez besoin de traverser le canal pour voir des naturels. Nous nous importons en si prodigieuse quantité que je ne conçois pas que vous puissiez garder aucune curiosité à notre égard.
—Au contraire, répondit-elle, ma curiosité ne s’en trouve que plus piquée: j’ai vu chez nous tant d’Anglais charmants que je meurs d’envie de les voir chez eux, au milieu de ces singulières coutumes qu’ils ne peuvent apporter avec eux, et que nous ne connaissons que par les récits imparfaits des voyageurs.»
Il semblait, à l’entendre, qu’elle parlât du bon peuple de la crique de Mongo ou de la baie de Karakoo; mais, étant curieuse de savoir ce qu’elle entendait par: «Les Anglais chez eux» et par: «Leurs singulières coutumes», je fis de mon mieux pour qu’elle me racontât ce qu’elle avait appris là-dessus:
«Je vous dirai, reprit-elle, que ce que je désire connaître avant toute autre chose, c’est votre manière de faire l’amour tout à fait à l’anglaise. Vous êtes assez polis pour respecter chez nous tous nos usages; mais un de mes cousins, qui était, il y a quelques années, attaché à l’ambassade française à Londres, m’a dépeint votre façon de mener les entreprises amoureuses comme si... si romantique que cela m’a enchantée, et je donnerais le monde pour voir comment cela se fait!
—Dites-moi, je vous en prie, ce qu’il vous a raconté, répliquai-je, et je vous promets de vous dire fidèlement si son récit est exact.
—Oh! que c’est aimable!... Donc, continua-t-elle en rougissant un peu à l’idée, je suppose, qu’elle allait dire des choses bien atroces, je vous répéterai exactement ce qui lui arriva. Il avait une lettre d’introduction pour un gentilhomme de haute situation—un membre de votre Parlement—qui vivait avec sa famille dans un château, en province, où mon cousin adressa sa lettre de recommandation. Immédiatement, il reçut une réponse avec une invitation pressante à venir au château passer un mois pendant la saison des chasses. Rien ne pouvait lui être plus agréable que cette invitation, car elle lui offrait l’occasion la plus parfaite qui se pût d’étudier les mœurs du pays. Tout le monde peut traverser le détroit de Calais à Douvres et dépenser en six semaines la moitié des revenus de son année à se promener à pied ou en voiture dans les larges rues de Londres; mais très peu de gens, vous le savez, obtiennent d’être reçus dans les châteaux de la noblesse anglaise. Donc, mon cousin fut enchanté et accepta sur-le-champ. Il arriva juste à temps pour s’habiller avant le dîner, et quand il entra dans le salon, il fut ébloui par l’extrême beauté des trois filles de son hôte, qui étaient décolletées et aussi parées, m’a-t-il dit, que pour un bal. Il n’y avait pourtant d’autre invité que lui et il fut un peu étonné d’être reçu avec tant de cérémonie.
LA JEUNE INCONSÉQUENTE