—Nous voulions nous installer chez nous, me dit-elle, mais monsieur Scholl veut nous garder. Du reste, je suis très heureuse: il vient de faire donner les palmes académiques à mon mari...

Hélène et M. Midelair étaient depuis longtemps associés à la vie du maître. Elle connaissait sa cave, sa bibliothèque, ses manies et ses dossiers. Il lui donnait, chaque matin, la leçon d'épée. Scholl les maria ensemble. Aucun spectacle ne fut plus poignant que l'effort obscur, mais obstiné, du vieux chroniqueur vers la famille; une existence de représentation n'était point parvenue à combler la solitude morale de sa vie, organisée par un égoïsme sévère en vue des joies positives de l'amour-propre et de la gastronomie. Du moins il entendit «plastronner» jusqu'au bout. Il accueillit la rencontre avec la mort comme son dernier duel, ornant son esprit pour l'aventure suprême: après avoir rédigé son testament, il s'installa devant l'ancien guéridon de Tortoni, dont M. Percheron lui avait fait présent (quelle relique pour Carnavalet!),—et il prit son absinthe...

Les épicuriens de la décadence romaine montrent souvent cette qualité de bravoure galante. Mais je trouve une beauté particulièrement émouvante au trait noté par les reporters: «C'est M. Midelair, le maître d'armes du Cercle de l'escrime, qui plaça sur la poitrine de M. Scholl un crucifix et sur sa table de nuit de l'eau bénite et une branche de buis.»



HENRI ROCHEFORT