— Elle m’a donné de l’eau-de-vie et du tabac.


Yuana avait dit à Arnaud qui l’avait rencontrée à Espelette :

— Puisque tu conduis le courrier qui dessert Espelette, tu ferais mieux d’y demeurer que d’y venir en passant. J’habite tout près, Ainhoa. Je m’y trouve fort bien. Je m’y suis mariée.


Elle donnait à ce dernier mot un sens libre, mais le jeune postillon ne prit pas le change.


Elle eut un silence, puis :

— Si tu avais encore tes père et mère là-bas, je le comprendrais. Mais puisque tu es seul ! Ainhoa est à deux kilomètres de la frontière. On y peut faire la contrebande qui rapporte beaucoup sans nuire à une autre profession que l’on peut exercer. Ainsi il y a des gens qui labourent ; ils conviennent de prendre en charge, à un endroit déterminé, sous un rocher, dans la fougère, des bidons d’alcool ou des ballots que les Espagnols y déposent. Ou bien ce sont les Français qui leur amènent des chevaux de Souraïde ou de Louhossoa. Mais, l’autre jour, deux étalons se sont enfuis dans la montagne et, comme nous les poursuivions, on nous a tiré dessus.