I
Marie vint au monde par un jour où la neige s’étendait au loin. Son père qui était un pauvre fonctionnaire, quand il vit que l’enfant était enfin dans son berceau et que l’accouchée avait une figure heureuse et reposée, se rapprocha de la fenêtre et versa en silence des larmes d’humble joie.
Il y avait à peine un an que le papa et la maman de Marie s’étaient épousés. Ils avaient attendu d’avoir assez d’économies pour se mettre en ménage, acheter quelques meubles à bon marché, quelques ustensiles de cuisine. Puis la bénédiction du Ciel était descendue sur eux. Et maintenant leur fille était née.
Lui, le père de Marie, était pâle avec des yeux noirs et une barbe noire. Il portait une jaquette parce qu’il était employé de l’État, receveur de l’enregistrement, dans ce chef-lieu de canton appelé Roquette-Buisson. La mère n’était ni blonde ni brune, ni laide ni jolie, mais douce et attentionnée.
Voici comment ils s’étaient rencontrés.
Une tante de la jeune fille, qui l’avait recueillie tout enfant, lui dit :
— Tu as vingt-cinq ans, tu es orpheline, il faut que tu songes à te marier parce que j’ai été trop malheureuse, moi, d’avoir passé toute ma vie, sans foyer, à Navarrenx. Tu n’as que dix-sept mille francs de dot, mais je te donnerai cinq mille francs de plus, et tu seras héritière de cette maison si l’homme que tu épouseras me convient. Le receveur de l’enregistrement m’a paru très comme il faut. Je l’ai rencontré plusieurs fois chez Mme Durand. J’ai parlé à celle-ci de l’idée que j’ai pour toi. Elle m’a approuvée. Je l’ai invitée à déjeuner avec le receveur. Il joue très bien du violon.
Cette entrevue avait eu lieu. On avait pris le café sous la tonnelle. Lui avait dit à la jeune fille :
— J’ai perdu, comme vous, mes parents de très bonne heure, je n’ai jamais connu l’affection, le doux amour qui pénètre le cœur et le réchauffe comme un oiseau le nid avec son duvet.
La jeune fille l’avait écouté en penchant la tête, et elle avait pensé qu’elle serait celle qui l’aimerait, s’il le voulait. Il avait, en parlant, les larmes aux yeux. Elle l’avait regardé avec tendresse. Et, comme on les avait laissés tout seuls, il lui avait pris la main en soupirant. Elle ne l’avait point retirée. Et ce furent leurs fiançailles, qui durèrent assez longtemps, car on espérait d’un jour à l’autre la nomination du receveur à un poste plus avantageux que Navarrenx. Malgré l’attente, la joie inondait ces cœurs simples. Elle, souriait, penchée sur son aiguille, hâtant son ouvrage. Lui, trouvait bien plus gaie la petite maison qu’il avait louée à l’entrée du village. Il cueillait une rose dans le jardin, ce qu’il n’aurait pas fait autrefois, et, en la sentant, il recevait une caresse au cœur parce qu’il pensait à la joue de sa future femme.