Kattalin était heureuse ainsi, le sachant Basque et fidèle. En 1914, la guerre ayant éclaté, il partit. Et, en 1915, il perdit un bras et dut rentrer.
Manech ne se retrouva en présence de Yuana qu’une seule fois, mais sans qu’elle ni lui songeassent à se reconnaître. Voici dans quelle circonstance.
La blessure qu’il avait reçue fit que ses médecins lui prescrivirent un séjour au bord de la mer, à Sainte-Madeleine. Or il existe, à Sainte-Madeleine, un couvent de Filles repenties dont lui et sa femme fréquentaient souvent la chapelle.
Un jour qu’ils en ressortaient, ils virent que le portail du cimetière de ces religieuses était demeuré entr’ouvert. Ils y entrèrent. Là, une infinité de légers monticules de sable où étaient disposés, en forme de croix, de minces coquilles, indiquaient les places des mortes. Le souffle marin le plus léger, les moindres pleurs du ciel, en faisaient dévaler la terre, éparpillaient les ornements fragiles recueillis sur la plage. Et, avec une inlassable et méticuleuse patience, ces Filles que le monde et la justice humaine avaient rejetées, mais que le Christ se fiançait dans la miséricorde, réparaient ces tombes aussi mobiles que l’air et l’eau, replaçaient chaque fragment de cette croix marine.
Une ombre, une seule, à ce moment, était occupée à ce pauvre travail. C’était Yuana. Agenouillée, elle ne se retourna point vers le couple qu’elle entendit venir. Manech n’eût d’ailleurs pas retrouvé en elle la nymphe pastorale qui avait essayé de l’entraîner, ni elle peut-être en lui l’adolescent tout plein de la vierge lumière des fleurs. Elle continua sa tâche naïve.
Mais demain le vent qui se lève reviendrait, et le sable et le péché aussi facilement s’effacent.
LE MARIAGE DE RAISON
A
MADAME LÉON MOULIN
Amical et respectueux hommage.