— Il ne faut pas faire de bruit.
Alors, Marie avait marché doucement, doucement, sur la pointe des pieds, pour obéir. Et, d’abord, elle regarda sa mère dans le grand lit. Et sa mère la regardait aussi avec un immense amour. Et elles s’embrassèrent. Et Marie souriait sans rien dire, un peu haletante. Puis elle cherchait des yeux la petite sœur qu’elle ne voyait pas. Alors son père la conduisit vers le berceau. Et elle s’avançait, de plus en plus lente. Elle mettait sa main sur sa bouche pour retenir sa respiration. Enfin, son père la souleva dans ses bras, après avoir écarté les rideaux, et il la mit en face de la nouvelle née qui dormait, toute rouge et toute chiffonnée. Et Marie aurait voulu crier son admiration, sa tendresse, mais elle faisait silence, elle était comme en extase devant cette merveille de Dieu qu’est une petite sœur.
Papa ramena les voiles de tulle, après avoir reposé sur le sol Marie qui revint vers sa mère, qui ne bougeait pas mais qui souriait, et elle appliqua sa joue contre la main pendante hors du lit, afin de se faire caresser. Ensuite elle regarda, sur la commode, la Vierge. Et, elle la vit comme toujours, immobile et fidèle, et laissa sur elle son cœur se poser comme l’oiseau sur la branche, la remerciant de ce qu’elle lui eût envoyé Madeleine.
IV
Les jours se suivent, et ne se ressemblent pas. Hélas ! six mois après le baptême de Madeleine, auquel Marie avait assisté toute glorieuse, le beau petit Michel mourut du croup en quelques heures. Ce fut un arrachement. Marie, sensible et déjà réfléchie comme une petite femme, souffrit pour elle-même et pour ses parents atterrés par ce coup de foudre. Les détails de la sépulture se gravèrent dans son esprit comme se gravent, sur les petites pierres que l’on dédie aux innocents, des formules désolées sous un buisson aux baies saignantes. Mais tant de sanglots, étouffés dans l’ombre, ne firent qu’accroître la sagesse de Marie.
La vie reprit amère et pleine d’amour. On allait parfois déposer des fleurs sur la tombe exiguë, et y pleurer tendrement ensemble, sans rien dire. Papa, dont la barbe avait beaucoup blanchi en peu de jours, après la mort de Michel, ne touchait plus à son violon.
Un matin, Marie vit que l’étui, posé dans le bureau, sur l’un des rayons à registres, était recouvert de poussière, tellement qu’en y passant le doigt dessus, elle y laissa une trace. Elle demanda :
— Papa, pourquoi ne joues-tu plus ?
Il répondit, comme s’il avait eu affaire à une grande personne :