— Tu le devines bien, ma chérie, je suis si triste depuis la mort de petit Michel…
Alors, elle fit cette réponse que lui inspira son ange :
— Oh ! non. Il ne faut pas que tu cesses de jouer. La Sainte Vierge veut que tu joues parce que Michel t’entend.
Pendant les vacances qui suivirent cette cruelle épreuve, on allait parfois dans la prairie en fleurs qui bordait la rivière où papa pêchait des goujons. Maman s’asseyait, prenait son ouvrage, et Marie faisait au soleil des bouquets de boutons d’or, de lychnis et de grandes-marguerites. Elle les disposait tout autour de son panier à goûter, qu’elle transformait ainsi, le recouvrant de son mouchoir, en un petit autel qu’elle vouait, dans son cœur, à la Vierge. Lorsque toute chose était en ordre, elle se mettait à genoux dans l’herbe. Et, non loin de sa mère, elle tirait de sa poche son mince chapelet, le récitait. Sa mère répondait. Prions, pensait Marie, pour que le petit Michel vienne nous voir ici.
Et alors les grâces de l’Immaculée dardaient à travers les feuillages sur l’eau dormante et bleue, émouvaient l’enfant qui, dans une fusion du ciel et de la terre, sentait Michel descendre à son appel.
Les maîtresses qui apprenaient le catéchisme à Marie la trouvaient si fervente que, parfois, elles l’interrogeaient sur une vocation possible. L’enfant leur répondait :
— J’aime beaucoup la Sainte Vierge, mais je ne veux pas me faire religieuse. Plutôt je veux être une maman comme la mienne.
Au début de novembre, la tante de Navarrenx, qui était infirme depuis deux ans, mourut. Elle laissait à sa nièce quelque argent et la villa où elles avaient vécu ensemble autrefois et qu’elle lui avait promise.
Après l’enterrement, où ils s’étaient rendus avec Marie, celle-ci entendit papa qui disait à maman :
— Si petit Michel avait vécu, peut-être qu’il serait devenu notaire à Navarrenx ; qu’il se serait marié ; qu’il aurait habité dans la jolie villa de ta jeunesse. Notre bonheur a été brisé.