Iguskia ensevelit au pied d'un cerisier sauvage son enfant dont l'âme, aux jours en feu, semblait crier par les voix des cigales.

C'est ainsi que les Robinsons basques surent ce qu'était la mort qu'ils n'avaient jusque-là connue que chez les animaux et les arbres, la mer leur ayant caché les cadavres d'Ondicola et de ses compagnons.

Ithargia souhaitait de ravoir une autre petite fille, mais Dieu ne lui envoya plus que des garçons qui naquirent à peu d'intervalle les uns des autres.

Ils étaient au nombre de six quand leur mère, à peine plus jeune que le père, entra dans sa vingt-cinquième année. Sans l'ombre légère qui s'étendait sous le cerisier, le foyer n'eût été que joie.

La culture était facile autour de la fruste habitation, le blé repoussait de lui-même, comme encore au bord du Nil. Iguskia l'égrenait, le lavait, le broyait, et Ithargia le pétrissait et le cuisait.

Leur basse-cour s'était formée toute seule d'oiseaux, comme de coqs de bruyère et de tourterelles, qui venaient y picorer, et de biches gracieuses et de faons et de lapins et de lièvres.

Jamais ils ne songèrent à quitter cet éden, car, à mesure que grandissaient les six garçons, à qui ils enseignaient la primitive langue basque et les travaux familiers, ils s'attachaient davantage au sol qu'ils avaient consacré avec la mort.

Les trois aînés accusaient un goût plus particulier pour la pêche et la capture des palombes. Il leur arrivait de ne rentrer au foyer qu'après des excursions de plusieurs jours à travers bois. C'est ainsi qu'en suivant la Nive et l'Adour, refaisant en sens inverse le chemin autrefois parcouru par Iguskia et Ithargia, ils atteignirent la plage même devant laquelle, vingt ans plus tôt, avait sombré l'Eskualdunak.

C'est là qu'ils s'endormirent un soir, lassés de leur longue marche, et par une nuit aussi sereine que celle durant laquelle leurs père et mère, adolescents, avaient laissé leur pur amour paraître aux yeux d'Ondicola ravi.

Ces trois frères étaient d'une grande beauté : le plus âgé comptait vingt ans alors, à peine un peu moins les deux autres. Ils se nommaient Zoardia, Aritza et Sua.