Une ruine surplombe aujourd'hui le bourg d'Ayherre et toute la contrée environnante, restes d'un château dont Albert Dürer se fût inspiré, car ils se confondent avec la lèpre même du lierre qu'ils opposent au soleil.

Cette redoute seigneuriale, fréquentée des oiseaux de proie, porte le nom de Belzuncia. C'est sur l'aire de Belzuncia, qui ne devait être édifié que bien des siècles après, qu'Iguskia et Ithargia, au mois de juillet, se trouvèrent en présence d'un tapis dont les plus radieuses soieries qu'ils avaient vues sur l'Eskualdunak n'approchaient point.

Ce tapis vivait, car c'était un champ de froment. Ensemencé par qui? Nul ne l'a jamais su. Mais il suffit d'un coup de foudre sur une terre intègre, et d'une graine apportée par le vent, pour que, d'année en année, se multiplie la moisson comme sur l'échiquier du conte arabe.

Iguskia et Ithargia en furent si éblouis qu'ils s'assirent pour contempler plus à l'aise la merveille. Chaque épi barbelé amenuisait la lumière bleue où criaient les cigales. Iguskia et Ithargia ressentirent que dans la béante profondeur il y avait Quelqu'un. Leur amour éclatait dans un plus grand Amour. Ils comprirent que dans cette splendeur visible, et au delà, Dieu est.

En face de cette Présence qui les illuminait comme le soleil les coquelicots à la lisière du champ tout allumé de cerises sauvages, ils prirent le ciel à témoin de leur union.

LA GÉNÉALOGIE

Ithargia donna un fils à Iguskia. Le second des enfants fut une fille qui mourut à deux ans, et c'est ainsi qu'ils connurent la douleur.

Cette petite étant tombée malade, sa mère pensa la relever de son abattement, ainsi qu'elle faisait à l'ordinaire, en lui présentant quelque fleur. Celle-ci était bien du pays basque. Qu'elle ressemblait peu aux corolles de l'Asie, somptueuses sans doute, mais dont les couleurs et les nectars trop violents fatiguent! Ce fut une digitale pourprée, dont les cloches, à l'intérieur ponctuées comme des pulpes d'abricot, tamisent une lumière d'aube.

Dans la cabane qu'Iguskia avait construite avec des branches, des pierres et de l'argile, l'enfant, étendue sur une peau d'agneau, agonisa doucement. Bientôt elle n'eut plus la force de tenir ni même de regarder la plante que sa mère lui avait donnée.

Elle mourut, bercée par le bourdonnement des abeilles qui s'échappaient du toit comme les braises d'un incendie. Quand elle fut muette, immobile et refroidie, Iguskia et Ithargia se mirent à genoux devant sa couche. Et leur prière, faite de sanglots, monta vers Celui qu'ils avaient pressenti dans la lumière de bluet de leurs fiançailles.