— Alors… même en vous suppliant?
— J'ai compris, insistai-je, que M. Passerose ne m'a choisi, entre ses plus intimes, que parce qu'il compte bien que j'observerai son inflexible consigne.
— Orphée, conclut en souriant le vieux Juif, sans que je comprisse très bien alors son allusion, avait ému les rochers mêmes de l'Enfer…
Iguskia captura à Isturitz beaucoup de palombes. Celles-ci, venant de loin, étaient farouches et filaient haut. Mais, dissimulé dans un chêne, il réussissait à les faire descendre en leur lançant des bâtons qui imitaient le vol du milan. Les Basques les prennent encore ainsi.
Lui et Ithargia passèrent l'hiver à l'entrée de ces cavernes, sans se douter que les chasseurs de l'âge de pierre les avaient habitées. Nul vestige humain autour d'eux, sinon, à quoi ils ne prêtaient nulle attention, des haches et des flèches qui témoignaient d'une barbarie de chasseurs qui s'étaient tenus sur la défensive. Mais ceux-ci avaient si bien disparu depuis si longtemps, qu'à part les oiseaux de passage toute la faune était redevenue familière comme aux jours premiers de la création.
Jusqu'au printemps de l'année qui suivit, Iguskia et Ithargia restèrent dans ces parages.
Quand reparut le mois de mai, leurs cœurs s'emplirent d'amour à tel point qu'il semblait à l'un que les battements du sien eussent lieu dans celui de l'autre. Mais cette ivresse ne troubla point encore leurs corps dissimulés sous les blanches toisons, comme des sources sous la neige.
Ils assistaient à la fête nuptiale que le renouveau fait plus gracieuse et plus grandiose. Tantôt ils voyaient deux fauvettes se fuir en se rapprochant sur une branche trop flexible, tantôt ils regardaient s'allonger l'un vers l'autre, et se rejoindre dans une combe, deux fleuves de brume d'où émergeait la cime découpée des bois.
Quand les fortes chaleurs sévirent, ils se baignaient sous les feuillages de la rivière qui, de nos jours, porte le nom de Joyeuse. Et c'est ainsi que, de branche en branche, ils atteignirent le coteau d'Ayherre, non loin du futur Hasparren. La clémence des nuits leur permettait maintenant de dormir en plein air dans leurs fourrures. Ce fut par un torride jour d'or que la Providence décréta que la race bienheureuse, la race basque, naîtrait de ces deux Robinsons, prendrait racine en eux comme une vigne au flanc d'une belle colline.