L'une avait vingt ans et les autres dix-neuf, dix-huit, seize, quatorze et quinze.

Un prince, frère d'Ondicola, les avait aperçues en chassant, et il s'en était épris tellement qu'il avait demandé de les mettre dans les jardins de son palais à leurs parents qui avaient consenti.

Il espérait bien d'en faire ses femmes. Mais elles étaient si belles, quand elles se penchaient hors de leurs pavillons de roses, qu'il n'osa les approcher.

Et il tomba malade, comprenant qu'il est vain de poursuivre un amour dont on ne se sent pas digne.

Lorsqu'il les considérait, il était comme un homme qui n'ose porter à ses lèvres la coupe, tant elle exhale un parfum enivrant.

Durant six mois qu'aux portes de son harem elles furent ses prisonnières, il les fit combler de faveurs et de soins. Et le respect qu'il témoignait à leurs grâces était tel que, de la partie du bosquet où elles se baignaient, il était défendu de s'approcher sous peine de mort. Et lui, tout le premier, observait sa consigne.

Mais il continuait de dépérir. Il consulta les sages qui guérissent avec des simples, mais ils lui déclarèrent qu'il n'était nul philtre qui pût venir à bout de son mal, et que le seul remède était, ou bien de s'exiler soi-même, ou de renvoyer ces beautés.

Il opta pour ce dernier moyen, et les six jeunes filles retournèrent à leur plateau natal, le même où Iguskia et Ithargia avaient vu le jour.

Mais son agonie continua, parce que, la nuit, le parfum des fleurs lui semblait être celui des bien-aimées, apporté par la brise. Il songea à s'expatrier, mais la dynastie des Ondicola le supplia de n'en rien faire, lui représentant que son frère avait mystérieusement disparu, il y avait un quart de siècle, avec l'Eskualdunak.

Il resta, mais il résolut de donner la mort à celles qui l'empêchaient de vivre, et dont il n'aurait pu supporter qu'elles appartinssent à quiconque.