Sur son ordre une galère appareilla — ainsi en avait décidé son frère jadis de l'Eskualdunak. Mais le luxueux équipage n'était, ici, que des six vierges.

Néanmoins il para le navire de roses. Il en fit un jardin suspendu sur la mer. Il l'emplit d'autant de merveilles qu'en avait connu le vaisseau de son frère, et il fit peindre sur la coque ce mot : Amodioa.

Puis, ayant fait s'embarquer les jeunes filles, il les abandonna seules, sans pilote, au gré des vents.

Mais de ceux-ci, le plus doux, le Zéphire, s'étant épris de la plus jeune, ne cessa de souffler avec douceur dans la voilure, si bien que la navigation ne fut pas le moins du monde mouvementée ; que les passagères purent descendre sans peine sur diverses plages, s'y approvisionner, et continuer leur voyage aussi facilement que si elles avaient eu, pour les conduire, le patron des nautoniers.

Ainsi, et plus d'un an, elles naviguèrent sans que les récifs entamassent les flancs de l'Amodioa. Elles étaient plus gracieuses que jamais, tannées par l'embrun, dorées par les soleils, quand elles ressentirent les traits du dieu qui ne pardonne pas. Il souleva leurs seins comme des voiles, et, maintenant, elles tendaient leurs mains vers l'inconnu.

Par une calme nuit l'Amodioa entra dans la baie de Biscaye, toujours poussé par le vent qui ne cessait de caresser les cheveux de la cadette.

Mais les mortelles aux Immortels préfèrent les mortels.

Et c'est en vain que Zéphire étendit l'éventail de ses pennes au-dessus de celle qu'il chérissait. Lorsqu'elle fut descendue à terre avec ses sœurs, il comprit qu'elle était désormais perdue pour lui. Et, jaloux, il fit appel à Borée qui coula le navire aussitôt.

Ainsi, l'un avec son équipage dont Iguskia et Ithargia avaient été réservés — l'autre sans ses passagères, — à plusieurs années de distance, l'Eskualdunak et l'Amodioa subirent, par des moyens différents, le même sort.

Le Destin suivait son plan.