Nous reculâmes, car nous voyions la vieille pierre se soulever d'elle-même et Ondicola sortir du sépulcre.
Il regagnait le ciel, vêtu splendidement comme une constellation.
Il était suivi de tout son peuple. En tête s'avançaient, d'une incomparable beauté, tels que dans leur pure adolescence, Iguskia et Ithargia ; puis leurs fils, et les femmes de ceux-ci, et leurs descendants dont l'un se faisait remarquer par son audace : il montait seul un esquif sous qui roulaient les nuages et, soudain, il lançait le harpon. Des flottilles escortaient ce marin qui semblait être l'amiral de ces Basques, épris de contrées lointaines et qui ne cessent d'affronter l'inconnu.
Certains sombraient avec leurs barques, mais d'autres abordaient en des archipels de lumière.
Puis venaient les agriculteurs qui labouraient l'espace, d'une simplicité d'attitude et de mise qui regagnait celle des pasteurs dont on voyait neiger les brebis dans l'aube naissante.
Un groupe de guerriers menaçait de makhilas des fils de Mahomet.
A la suite de saint Léon, processionnaient les innombrables enfants du pays qui ont épousé le Christ. Ils portaient des vêtements noirs ou blancs dont quelques-uns étaient tachés de sang. Ils étaient les martyrs de Chine et d'ailleurs, qui avaient quitté la maison bien-aimée aux longues ailes pendantes. L'un d'eux portait le Sacrement autour duquel, comme à Hélette encore, les hommes dansaient, graves de joie. Des pilotaris l'ombrageaient avec leurs gants de cuir ou d'osier.
Puis venait le troupeau des fidèles, l'humble peuple au cœur d'or des petits négociants qui taille le cuir, débite la viande, fait griller le café devant les portes.
L'angélus m'éveilla. Je m'étais laissé gagner par le sommeil dans le champ des morts, la tête contre une touffe de romarin. Eliézer dormait à quelque distance. La tombe d'Ondicola était toujours là, mais close.
La sonnerie des cloches reprit en s'accentuant. La douce vallée était bercée par elle. C'était au matin de la Fête-Dieu.