Une louange sans nom monta de la matinée.
De vivants chemins, à onze heures, se mirent en marche : on ne savait plus si c'étaient les cerisiers qui s'avançaient, où la foule. On entendait l'orage des tambours et, par moment, entre leurs batteries et celles des clairons, l'hymne montait et s'affaissait comme la mer. Puis le grondement reprenait dans le rire des cloches en extase, et le regard bleu du ciel se reposait avec amour sur les blés.
Que ce paysage était simple! Simple comme cette race unique fondue à la sérénité des collines, à la clémence du climat, à la frugalité des terres! Elle suivait ce morceau de Pain qu'est son Seigneur et son Dieu. Elle le suivait sans hésitation, le cœur au large et tout baigné d'une rosée angélique. Ils allaient, leurs grains de bois sec dans une de leurs mains calleuses et, dans l'autre, le béret dont ils montraient la belle doublure neuve, vêtus du court chamar ou de la veste commune, le pantalon arrêté au-dessus de la cheville pour que la poussière ou la boue n'atteignît que les gros souliers.
Es-tu content de ton peuple ; est-ce ainsi que tu l'as voulu, Ondicola?
Lorsque, dans la soirée, Eliézer et moi nous nous en retournâmes, les sentiers étaient jonchés d'herbages et de fleurs et tout parfumés de menthe.
Nous relayâmes à Hasparren où nous couchâmes. Ville délicieuse, charme premier du pays basque où les magasins bas, avec leurs porches romans, leurs naïves enseigne, la pauvreté de leurs denrées exposées aux devantures, suffiraient à nous guérir de la croyance qu'il est nécessaire, pour vivre, de se trouver aux portes du Louvre ou de l'Institut Pasteur!
Le lendemain matin, Eliézer ayant la migraine demeura au lit. Je me dirigeai seul, à pied, vers cet Ayherre où la légende situait le foyer d'Iguskia et d'Ithargia.
J'aperçus le château démantelé de Belzuncia. L'air était blond et argenté comme une perle, où les blés prenaient déjà la teinte sombre de la terre.
Au flanc de la colline était un champ modeste où vinrent deux faucheurs, un jeune homme et une jeune femme. Je songeai à Iguskia et à Ithargia qui s'étaient épousés dans les flammes de la moisson.
Je me rapprochai de ce couple qui était d'une indicible beauté, transmise à travers les âges sur l'aile de l'Amour selon le vœu d'Ondicola. Leurs regards étaient tels qu'ils donnaient à penser que la lumière peut être noire.