Hommes et femmes déménagèrent le contenu du bateau sur l'arène. Des flancs de l'Eskualdunak jaillirent des merveilles : des hamacs qu'on eût dit tissés de rosée ; des robes d'un azur si transparent qu'on ne les soupçonnait que si les beaux corps s'y enfermaient ; des pierres uniques ; des ivoires sans défaut ; et, dans des cristaux de roche à facettes ingénieuses, des parfums empruntés aux jardins des Mille et une Nuits.

Les jeunes filles vivaient à part, les jeunes gens aussi de leur côté, car Ondicola ne souffrait point que rien altérât leur pureté jusqu'au jour de leurs noces. Non point qu'il eût aucune morale. Toute trace de religion avait disparu de ce peuple : Mais afin que la corolle s'épanouît dans toute sa grâce, tout, son éclat, tout son arome, Ondicola en faisait respecter la pré-floraison. Ainsi le produit serait superbe.

Cette loi mise à part, que tout naturaliste aurait pu édicter, on ne voyait pas régner beaucoup de vertus parmi les hôtes de l'Eskualdunak, ni à bord ni à terre.

Tant de siestes sous les arbres capiteux, de danses lascives, de fruits défendus, de complications du cœur mettaient à nu les nerfs de l'équipage ou le déprimaient.

Ondicola, bien qu'il se laissât aller à ses mœurs, en éprouvait souvent du dégoût. Si imposant que fût le port des femmes, si élancée la ligne des adolescentes, si nette la carrure des mâles : il y avait tout à craindre pour l'avenir. Une lourde inquiétude envahissait Ondicola touchant la descendance de ceux qu'il abritait dans son navire et qu'il avait choisis parmi les types les plus parfaits de sa patrie indienne.

Le seul culte de la beauté l'avait guidé lorsque, par exemple, il avait détaché Iguskia et Ithargia d'un plateau perdu de l'Himalaya où n'habitaient que de rares pasteurs. L'instinct puissant de conserver la race à laquelle il appartenait le dressait peu à peu contre les mœurs qu'il voyait affoler et anémier de plus en plus ceux de l'Eskualdunak.

Lorsque, la nuit, sur le rivage de cet Adour que fait se plisser une brise si pure, il flânait au sortir de quelque débauche, il lui arrivait de rejeter le suc épaissi du pavot qu'il s'apprêtait à fumer.

Alors, plus calme, il contemplait avec attendrissement, dans la diffusion de la lune, deux tentes isolées, en dehors du campement, qui se distinguaient entre toutes par leur blancheur particulière.

Dans l'une, dormait Iguskia, seul ; seule, dans l'autre, Ithargia.

Nul n'ignore, reprit à quelques jours de là Jacob Meyer, que les Asiatiques connurent la poudre avant l'ère chrétienne, aussi bien qu'ils avaient inventé la brouette et la boussole.